Publié le 09 novembre 2021 dans Le patrimoine des lycées

Focus sur la décoration des lycées de Bayonne

Patrimoine des lycées, Operations

L’inventaire des lycées se poursuit, notamment à Bayonne, en parallèle d’un dépouillement aux archives nationales des documents relatifs au « 1% ». À partir de 1951, 1% des sommes allouées par l’État à la construction d’un établissement scolaire doit être consacré à sa décoration. Ainsi, entre 1965 et 1975, lors de la création et de l’extension des lycées bayonnais, des œuvres sont réalisées au titre de ce que l’on appelle le « 1% artistique ».

Brève histoire des lycées publics de Bayonne

Le premier lycée créé à Bayonne est destiné aux garçons. Il est construit en 1874 par l’architecte Charles Le Cœur (1830-1906) dans le quartier de Marracq. Il est étendu par l’architecte en chef des Bâtiments civils et des Palais nationaux (BCPN) Georges Bovet (1903-1980) à partir de 1952 tandis qu’un lycée de jeunes-filles voit le jour à proximité en 1956 sous la direction de l’architecte Paul Érasme Koch (1908-1989), également BCPN. Les extensions de Bovet sont achevées en 1968, alors que le lycée Marracq devient un collège et que le lycée de jeunes-filles devient mixte ; ce dernier s’appelle aujourd’hui le lycée René-Cassin. En parallèle, des cours d’enseignement secondaire techniques sont dispensés dans l’ancien hôpital militaire édifié en 1835 depuis le rachat de ces bâtiments par la municipalité en 1938. Trop à l’étroit dès les années 1950, ces enseignements professionnels trouvent un second souffle grâce à la création par les architectes Didier Lefèvre et Jacques Fougeroux, au début des années 1970, dans le quartier Saint-Léon, du lycée technique Lauga, aujourd’hui lycée Louis-de-Foix. Ce qui permet également à l’établissement de l’ancien hôpital, actuellement le lycée Paul-Bert, d’étoffer son offre de formation.

Des artistes renommés pour décorer les lycées bayonnais

Avant la décentralisation, la procédure du 1% artistique est orchestrée par une commission nationale siégeant à Paris qui évalue les projets proposés par les architectes. En effet, ce sont eux qui choisissent les artistes destinés à décorer les bâtiments qu’ils ont élaborés. Les archives nationales conservent les rapports de cette commission, les devis, maquettes, photos des œuvres envisagées, et les avis formulés localement par les établissements et l’Inspecteur d’Académie. À lire ces documents, on imagine l’âpreté des débats entre les membres de la commission qui sont parfois sévères envers les artistes, leur demandant fréquemment de revoir leur copie.

En ce qui concerne Bayonne, les architectes optent pour des artistes déjà renommés. Le sculpteur Constantin Andréou (1917-2007) et le peintre Pierre de Berroeta (1914-2004) respectivement choisis par Georges Bovet et le cabinet Lefèvre-Fougeroux ont déjà une belle carrière à leur actif lorsqu’ils postulent en 1975 1. La céramiste Guidette Carbonell (1910-2008) proposée par Paul Koch a notamment réalisé des fontaines monumentales pour l’Exposition internationale de 1937, ce qui conduit la commission à rendre un avis favorable presque les yeux fermés : « Bien que la maquette soit des plus sommaires, la commission, qui connaît le talent de Mme Carbonell, lui fait confiance »2. Le peintre Jean Weinbaum (1926-2013), également choisi par Koch, plus sévèrement considéré pour son projet de vitraux sur la façade de l’externat, jugé trop monotone, est finalement retenu par la commission sur la base d’un second projet et surtout en référence à ses travaux antérieurs. Le rapporteur Germain Viatte, alors Inspecteur principal de la Création artistique, écrit ainsi : « les vitraux ont été réétudiés par M. Weinbaum dans une gamme de couleurs plus unie. M. Weinbaum s’est beaucoup intéressé au problème du vitrail et a réalisé plusieurs œuvres novatrices et de qualité (chapelle de Mosloy, 1951 ; Escherange (Moselle) 1962). C’est, en outre, un peintre intéressant. Il me semble qu’il faut donner un avis favorable à son projet. »3 Enfin, la décoration du patio du lycée Lauga, que les architectes conçoivent comme le véritable cœur des bâtiments socio-éducatifs de l’établissement est confié aux artistes Dominique Berthommé (1945-) et François Fontaine (1938-)4, ce dernier ayant déjà œuvré comme restaurateur agréé des musées classés et contrôlés (il a notamment restauré les fresques de Puvis de Chavannes dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne), avant de devenir plasticien.

Des œuvres aux destinées variées

Aujourd’hui, il est toujours possible d’apprécier la sculpture en laiton « Formes intérieures » de Constantin Andréou au collège Marracq et le remarquable carrelage mural de Pierre de Berroeta dans le bâtiment administratif du lycée Louis-de-Foix. Si certains carreaux ont dû être remplacés par un carrelage noir et blanc dont le choix est discutable, les formes géométriques dessinées par Berroeta ont inspiré la nouvelle signalétique élaborée à l’occasion de la rénovation du lycée par l’architecte Pierre Marsan. Dans ce même lycée, les sculptures « Insectavions » de Berthommé et Fontaine, ainsi que la fresque qui leur faisait écho dans un des patios ont par contre disparues, cet espace n’ayant, semble-t-il, jamais été investi par les élèves comme le « théâtre de plein air » dont rêvaient les architectes. Au lycée Cassin, les œuvres de Jean Weinbaum et de Guidette Carbonell ont également disparu suite aux différentes rénovations et mises aux normes d’isolation des façades. Concilier préservation du patrimoine et modernisation des espaces scolaires reste donc parfois un bien difficile défi.

  • Laetitia Maison-Soulard

1. Né au Brésil de parents grecs, Constantin Andréou s'installe en France en 1945. Il fréquente Le Corbusier à la fin des années 1940. Il participe à de nombreuses expositions dont une rétrospective sur son œuvre au Musée du Havre en 1971. Par la suite, il reçoit en 1988 le grand prix Anton Pevsner pour l'ensemble de son œuvre, en 2000 la croix de chevalier de la Légion d'honneur et est nommé en 2001 commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres. Né à Paris, Pierre de Berroeta a des attaches familiales à Bayonne. Il intègre l’École nationale des Beaux-Arts de Paris en 1933. D'abord peintre, il crée également des tapisseries puis diversifie sa pratique dans les années 1970 en utilisant des matériaux divers. À partir de la fin des années 1960, il s’implique dans plusieurs projets au titre du 1% artistique (lycée agricole de Coutance, lycée Pascal de Massy notamment).

2. AN 19880466/50. Rapport de la commission de la création artistique du 24 mars 1966. Née à Meudon, Guidette Carbonell fréquente dans sa jeunesse plusieurs ateliers dont celui du peintre André Lhote (1885-1962). Dans les années 1950, elle collabore avec plusieurs architectes pour la réalisation de grandes compositions murales. Une rétrospective de son œuvre a récemment été organisée en 2007 par le Musée des Arts Décoratifs de Paris, La Piscine de Roubaix et le musée de la Céramique de Rouen.

3. AN 19880466/50. Note manuscrite de Germain Viatte, du 4 avril 1966. Né à Zurich, où il devient élève de l’École d’arts appliqués, Jean Weinbaum rejoint Paris en 1946 et suit différents cours dont ceux d’André Lhote. Il s’implique dans l’étude du vitrail et collabore déjà avec Paul Érasme Koch pour la réalisation de la rosace de l’église Saint-Denis à Bernes-sur-Oise en 1955.

4. Dominique Berthommé est alors un jeune artiste, ancien élève de l'École des Beaux-Arts de Bayonne et de l'École des Beaux-Arts de Paris. Il dirigera par la suite l'École d'arts de Bayonne de 1985 à 2013. De son côté, François Fontaine enseignera de 1975 à 2003 à l’École des Beaux-Arts à Paris.

 

 

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