Publié le 18 octobre 2021 dans Étude urbaine de la ville de Pau

Jouez hautbois, résonnez musettes !

Pau, Operations
Chapelle du château de Pau. Michel Dubau
Chapelle du château de Pau. Michel Dubau
Hôtel de France. Michel Dubau, Bernard Chabot
Hôtel de France. Michel Dubau, Bernard Chabot
Villa Ridgway. Michel Dubau
Villa Ridgway. Michel Dubau
Villa Saint-Basil’s. Adrienne Barroche
Villa Saint-Basil’s. Adrienne Barroche

Bébés, enfants, amours et autres putti figurent comme ornement de nombreux édifices palois. Il ne s’agit pas ici de retracer l’histoire de la perception de l’enfance dans l’art et de ses représentations, les exemples sélectionnés arbitrairement n’illustrant finalement qu’une période bien courte de l’histoire, paloise qui plus est, mais de proposer quelques morceaux choisis du goût pour les représentations enfantines dans les arts décoratifs au XIXe siècle et au début du siècle suivant.

Ces quelques images ont été extraites arbitrairement du contexte architectural palois et - hasard ou coïncidence ? – sont datées de la deuxième moitié du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle. La plus ancienne est une verrière-tableau conservée au château de Pau et éclaire la façade orientale de la chapelle. Entourée d’anges musiciens et d’angelots, la Sainte Famille accueille les présents des bergers. De nombreuses figures enfantines, dont l’enfant Jésus, sont présentes dans cette scène. Cette verrière fut exécutée en 1841, à destination du château de Pau, dans l'atelier de peinture de la manufacture royale de Sèvres (active de 1827 à 1854) par Paul Marie Roussel (Paris 1804-1876), qui fut employé par la fabrique comme peintre de figures et sur porcelaine jusqu'en 1871. La composition est une copie exacte de l'Adoration des bergers de Francisco de Zurbarán (1598-1664).

La deuxième orne un plafond des espaces communs de l’hôtel de France, ancien hôtel de voyageurs construit sur le boulevard des Pyrénées. Un putto rieur (presque un pléonasme !) est assis sur une console entourée de motifs classiques, émergeant de nuées et guirlandes. Les architectes Gabarret et Noutary ont mené une campagne de transformation et d’agrandissement de l’hôtel en 1907 et en ont choisi les éléments de décor sur catalogue. Ce motif de céramique appliqué à l’architecture semble avoir été acheté auprès de l’entreprise Gilardoni, la « Tuilerie de Choisy-le-Roi » spécialiste de ce type d’accessoires.

La troisième est de très peu postérieure. Elle appartient comme la précédente au lot des productions en série illustrant l’industrialisation des métiers du bâtiment. Ornant un dessus de porte de la villa Ridgway (1906, architecte Joseph Larregain), ce panneau a été dessiné sur le modèle d’enfants vendangeurs représentant l’Automne, bas-relief allégorique sculpté par Augustin Pajou à la fin du XVIIIe siècle pour un hôtel parisien. D’après ce modèle copié et reproduit dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le tableau sculpté semble avoir été produit et diffusé par le biais des entreprises Coignet, spécialistes en béton. Signe d’un certain succès, on retrouve ces reliefs encastrés dans les murs des villas ou petits châteaux d’Île-de-France ou le château dit de Peyreguilhot à Laparade (47).

La dernière image, pure fiction, montre des enfants faisant la vaisselle. Cette scène charmante est extraite d’un cycle de peintures marouflées sur le thème de Cendrillon, peint par René-Marie Castaing, peintre palois et grand prix de Rome de peinture en 1924. Ce cycle fut commandé en 1935 par les propriétaires de la villa Saint-Basil’s, le couple Tooley-Lynch. Il s’agit d’un exemple supplémentaire de l’influence profonde des arts figurés des XVIIe et XVIIIe siècles sur le répertoire des arts décoratifs de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle ; il illustre aussi les liens existant entre les différentes pièces de réception d’une villa et leurs ambiances et motifs propres, reflet des codes de bienséance de l’époque.

Ce tout petit tour d’horizon montre comment l’art se renouvelle sur lui-même, par la reproduction de morceaux de ses motifs les plus prestigieux ou les plus aimables. L’art décoratif se nourrit et ainsi s’adapte pour satisfaire une clientèle large, qui choisit désormais la décoration de sa maison quasiment sur catalogue.

  • Cécile Devos, chercheur à l’Inventaire du patrimoine, Ville de Pau

 

Pour en savoir plus sur la représentation de l’enfant dans l’art :

 

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