Publié le 28 juin 2021 dans Étude urbaine de la ville de Pau

Indiana Jones à la recherche des HBM perdus !

Pau, Operations

La mission Ville d’art et d’histoire de Pau accueille Clément Cotin en alternance, de septembre 2020 à août 2021, étudiant en master 2 patrimoine et musées à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Parmi ses différentes missions, le jeune padawan doit mener un travail d’inventaire du patrimoine sur les logements sociaux de la ville de Pau.

À partir du milieu du XIXe siècle, les pouvoirs publics commencent à vouloir lutter contre les fléaux qui touchent la classe laborieuse : alcoolisme, violence, tuberculose et moult maladies sévissant dans les “taudis infects et fétides”. Les réflexions philanthropiques encouragent à inculquer aux ouvriers des valeurs morales et doivent leur permettre de s’élever socialement par le labeur et le logement, fixant le foyer familial. Il convient de permettre aux populations défavorisées de vivre dans des habitations salubres et hygiéniques.

Les HBM : qu'est-ce que c'est ?

La ville du Havre et le Nord de la France font partie des territoires pionniers. C’est avec le vote de la loi Siegfried de 1894 que sont instituées les “habitations à bon marché” (HBM), des modules de maisons devant être accessibles aux classes populaires qui veulent accéder à la propriété, grâce à des privilèges accordés aux sociétés d’habitations à bon marché.

À Pau, le mouvement des habitations à bon marché fait son apparition en 1911 avec la création de deux organismes de financement, issus de cercles philanthropiques municipaux. L’une des deux sociétés a par ailleurs été approuvée par le Ministre du Travail le 23 mars 1911. Cela montre qu’à cette période, les intentions viennent d’initiatives privées et que le soutien des collectivités publiques et de l’État reste timide. En effet, la loi Ribot de 1908 permet à des Sociétés Anonymes de Crédit Immobilier (SACI) de bénéficier d’avantages fiscaux et d’être faiblement lucratives. Elles reçoivent pour mission principale d’accorder des prêts aux familles modestes ainsi solvables pour l’acquisition d’un logement. En 1910, il est rappelé par le Ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale que les municipalités peuvent elles-mêmes accorder aux sociétés d’Habitations à Bon Marché divers avantages : eau gratuite, subventions, diminutions de taxes. À Pau, la municipalité a rétrocédé des terrains à la Société Paloise d’Habitations à Bon Marché pour l'aider dans sa tâche. Sa première réalisation date de 1911 avec la construction de 12 logements ouvriers destinés à la location.

À quoi ressemble un dossier “HBM” ?

Pour Pau, les permis de construire, conservés aux Archives communautaires Pau-Béarn-Pyrénées, depuis 1905, ont été examinés un à un pour y déceler les HBM car l’analyse archivistique ne s’y était pas encore attachée. Tout au long du XXe siècle, les demandes de permis de construire sont standardisées et sont accompagnées de plans, ce qui nous laisse le plaisir de faire quelques découvertes surprenantes …

La simplicité et la sobriété de certains plans laissent supposer qu'ils ont été tracés par les commanditaires eux-mêmes, sans passer par des architectes. D’autres plans sont produits par des industriels souhaitant construire et rentabiliser des modules d’Habitations à Bon Marché à large échelle. Ainsi, les industriels Morand et Curry réalisent en 1921 des plans de modules dont un appelé “système Morandi” particulièrement reconnaissable avec son fronton. Implantée dans la ville de Jurançon, leur entreprise a d’abord construit des meubles avant de se lancer dans la construction d’Habitations à Bon Marché.

L’architecture des HBM de Pau répond aux normes nationales réglementant l’hygiène et la salubrité des constructions (vide sanitaire et volume d’air variables selon la superficie des pièces...). Elle est particulièrement influencée par le courant régionaliste. Les toits adoptent parfois la demi-croupe béarnaise ; les façades un colombage vert, bleu ou rouge de style néo-basque. La superficie des modules varie et s’adapte au mode de vie et à la taille des familles. Ils peuvent être individuels (les plus nombreux), mais aussi mitoyens ou collectifs. Ils peuvent être de plain-pied minimalistes ou plus monumentaux, élevés sur plusieurs niveaux.

Le travail de recherche et d’inventaire est en cours de synthèse. La seconde phase de recherche portera sur les logements sociaux de l’après Seconde Guerre mondiale, des HBM aux HLM.

 

  • Clément Cotin

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