Un exemple de prise de pouvoir architectural : le rationalisme structurel à l’assaut des programmes de lycées (1860-1900).

La scène architecturale du XIXe siècle est animée de profonds débats, qui voient doctrines et personnalités s’opposer fortement. Parmi ces dernières, la figure d’Eugène Viollet-le-Duc est bien entendu centrale. Le célèbre architecte n’aura de cesse qu’il n’ait réussi à imposer sa conception de l’architecture dans le paysage bâti de son époque. Ne parvenant pas à peser sur les grandes institutions (comme l’École des Beaux-arts, l’Institut ou le Conseil général des bâtiments civils), il va contribuer à créer de nouvelles instances venant empiéter sur le pouvoir des précédentes, comme l’administration des édifices diocésains, comprenant nombre d’architectes acquis à sa cause.

Le but avoué est, par ce biais, de susciter une véritable « école » à qui il appartiendra d’investir par tous les moyens un maximum de programmes. Au nombre de ceux-ci, ceux recélant une forte composante fonctionnelle et technique seront privilégiés afin de faire triompher le rationalisme structurel que prône Viollet-le-Duc. Le lycée du second XIXe siècle fait à l’évidence partie de ce genre de programme : nombre sont les architectes de « l’école diocésaine » qui, par le biais de la Commission des bâtiments des lycées et collèges, vont s’octroyer la commande de ce type d’édifices (pour la seule Nouvelle-Aquitaine, citons par exemple le lycée Guez-de-Balzac à Angoulême par Paul Abadie, le lycée Victor-Duruy à Mont-de-Marsan par Adolphe Lance, le lycée Pierre-Bourdan à Guéret par Charles Laisné ou le lycée Edmond-Perrier de Tulle par Anatole de Baudot, l’un des trois lycées que l’on doit à cet architecte et qui sont chacun autant de manifestes du rationalisme).

Les mécanismes de cet « entrisme » architectural sont encore assez mal connus et appelleraient une recherche approfondie. Pour autant, on peut commencer à esquisser quelques pistes à partir des données historiques dont on dispose et analyser les traits communs des réalisations en ce domaine, que ce soit en Nouvelle-Aquitaine ou ailleurs, les enjeux doctrinaux devant en l’occurrence s’apprécier à un niveau national et non régional.

 

Claude LAROCHE, chercheur au service Patrimoine et Inventaire de Bordeaux, Région Nouvelle-Aquitaine.