Les documents d'architectes : des archives essentielles pour l'étude des lycées.

On croit à tort que reconstituer la conception de l’architecture publique est tâche aisée grâce à l'abondance des archives administratives. Or elles-ci sont en matière d'architecture souvent décevantes, n’apportant que des éléments très factuels, permettant certes de retracer l’histoire institutionnelle des bâtiments mais pas celle de leur genèse en tant qu’œuvres d’architecture.

Depuis le Second Empire et jusqu’aux années 1970, l’architecture des lycées est aux mains d’architectes d’État, formés en corps, auxquels sont confiées les grandes commandes publiques. Mais ces maîtres d’œuvre exercent leur activité publique en libéral. Les documents originaux des architectes concernant les constructions scolaires n’ont donc pas vocation à rejoindre les collections publiques, aucune loi ne venant réglementer la conservation d’archives issues de producteurs privés.

Outre leur notoriété respective, Baudot, Vaudremer, Le Cœur, Guadet, Arretche, Dondel… apparaissent comme des architectes particulièrement investis dans la conception des lycées comme spécialistes de ce type de programme voire pour certains comme des théoriciens de l’architecture scolaire. Une hégémonie d’un petit nombre de maîtres d’œuvre que l’avènement de la procédure des concours à partir des années 1980 va mettre à bas. La décentralisation achèvera la destruction de ce qui apparait jusque-là comme un pré carré, et ouvre la porte de la commande publique à un plus grand nombre de professionnels.

Quelle que soit la période concernée, si l’on veut entrer dans les coulisses de l'élaboration des lycées comme objets architecturaux, il est important de se tourner vers les archives privées des architectes. On peut alors apprécier le corpus dans lequel s’inscrit l’édifice étudié. Cette quête peut aussi faire ressurgir des projets restés dans les cartons à cause d’un échec à un concours.

Les archives d’architectes renseignent alors sur l’amont, sur l’attitude de tel architecte face à un programme familier ou nouveau, sur le cheminement suivi pour aboutir au projet final. Ces archives contiennent a priori tout ce qui n’est jamais sorti de l’agence, ce qui n’a jamais été soumis au maître d’ouvrage, ce qui ne fait pas partie des documents contractuels liés aux étapes de la mise au point puis de l’exécution. En somme, tout ce qui en principe ne se trouvera pas dans les fonds d’archives administratives conservées aux différents échelons institutionnels. D’où l’importance de continuer à récolter les fonds d’archives privés d’architectes et favoriser leur consultation par les historiens de l’architecture et du patrimoine.

Franck DELORME, attaché de conservation, Centre d’archives d’architecture du XXe siècle, Cité de l’architecture et du patrimoine.