Les univers du château d’Abbadia

L’Orient rêvé

Collections islamiques, détail de chaise mauresque, chambre de Virginie
Collections islamiques, détail de chaise mauresque, chambre de Virginie

Abbadia constituait pour Antoine et Virginie d’Abbadie une terre de voyage et de rêverie auxquels prend part l’évocation de l’Orient de Soliman le Magnifique et des Abencérages. Né véritablement avec la vogue éclectique du Second Empire, l’orientalisme s’y exprime de manière relativement conventionnelle, les décors et le mobilier orientaux s’avérant effectivement assez courants dans une certaine élite de l’époque.

Les références à l’Orient islamique sont parsemées dans l’édifice, ce qui est le cas des guéridons, moucharabieh et autres aiguières, ou bien elles sont réunies dans des pièces thématiques, telles que le salon arabe, le fumoir mauresque et le boudoir persan. Les styles orientaux présents à Abbadia sont issus de plusieurs inspirations, essentiellement mauresques et ottomanes, provenant des modèles de référence diffusés dans les catalogues d’ornement de l’époque et fondés sur l’esthétique de l’Alhambra et d’Istanbul.

Le choix des motifs, des collections et des salles orientalistes témoignent d’une vision onirique, idéalisée voire galvaudée de l’Orient, dont la culture est réduite à l’oisiveté, à la sensualité et aux traditions militaires. Aussi, par opposition à l’inspiration éthiopienne, extrêmement rationnelle, et en dépit de l’exactitude de leur exécution, les sources orientales d’Abbadia constituent en réalité des figures de l’altérité illusoires servant davantage la rêverie et la mode du second XIXe siècle.