Les univers du château d’Abbadia

Le merveilleux scientifique

Observatoire astronomique. Au premier plan, évocation de la nadirane d’Antoine d’Abbadie. A l’arrière-plan, lunette méridienne décimale construite par d’Abbadie et Eichens
Observatoire astronomique. Au premier plan, évocation de la nadirane d’Antoine d’Abbadie. A l’arrière-plan, lunette méridienne décimale construite par d’Abbadie et Eichens
Astronomes au travail, carte postale, vers 1904
Astronomes au travail, carte postale, vers 1904

La motivation première de la construction d’Abbadia était la pratique des sciences. Car d’Abbadie souhaitait prioritairement édifier un observatoire astrogéophysique afin de mener ses observations de manière plus confortable et efficace. Abbadia constituait selon ses termes son « ermitage scientifique », où il pouvait s’adonner à ses travaux en toute quiétude.

Le premier observatoire, édifié à partir de 1858 par Clément Parent avant son licenciement, fut détruit en 1874 et laissa place à l’observatoire actuel érigé par Duthoit.

Outre le talent de l’architecte, d’Abbadie fit appel à ses confrères astronomes britanniques qui le conseillèrent dans sa réflexion sur les dispositions de cette architecture scientifique, notamment celles de l’alcôve de la lunette astronomique.

Au sein de l’observatoire, d’Abbadie pratiquait principalement l’astronomie et la géophysique. Il fit construire une lunette méridienne obéissant au système décimal dont il était un ardent partisan.

Il créa également un instrument d’observation des déviations de la verticale, baptisé « nadirane » et détruit rapidement après sa mort. Il possédait en outre de nombreux instruments d’observation, parmi lesquels son théodolite aba, qu’il avait inventé, ou bien des sextants et même une imprimerie.

Pour autant, la science se manifeste presque constamment dans l’édifice, en particulier par le biais de la bibliothèque dont les étagères compilaient une collection de 10 000 ouvrages classés en douze catégories.

Enfin, le château témoigne extraordinairement de l’engagement et de la singularité de la démarche savante de d’Abbadie.

Celui-ci fit en effet percer les murs de l’habitation, de l’observatoire à la porte d’entrée, parce qu’il pensait pouvoir constituer une lunette de 20 m de long destinée à observer le sommet de la Rhune.

L’expérience échoua mais le savant souhaita clamer au monde cette déconvenue, dans l’élan d’humilité qui caractérisait ses travaux.

C’est pourquoi ces orifices ont été intégrés à la décoration du vestibule et de la galerie Ouest du rez-de-chaussée tandis qu’une plaque fut apposée autour de l’avant-dernier trou.

Un proverbe basque détourné tracé en caractères gothiques indique la morale de cette histoire : « Ez ikusi, ez ikasi », que l'ont peut traduire par « Ne pas voir, ne pas apprendre ».