Les univers du château d’Abbadia

Introduction

Vue générale du château
Vue générale du château

Au cœur d’un site naturel exceptionnel aménagé par le paysagiste Eugène Bühler, se niche le château d’Abbadia, forteresse isolée et romantique semblant surgir d’un rêve médiéval. Edifiée de 1864 à 1884, cette demeure bourgeoise a été commandée par l’explorateur scientifique Antoine d’Abbadie auprès d’Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, emblématique architecte du renouveau gothique au XIXe siècle, et son fidèle collaborateur Edmond Duthoit, fasciné par l’Orient.

Le château d’Abbadia témoigne avec une certaine singularité de la mode de l’éclectisme répandue durant le Second Empire. Tandis que son architecture inspirée des édifices des XIIIe et XIVe siècles fut exécutée dans l’esprit rationaliste propre à l’école de pensée de Viollet-le-Duc, ses décors et son mobilier mêlent des sources d’inspiration géographiques et historiques parfois conventionnelles, parfois inédites.

Porche d’entrée
Porche d’entrée
Affiche des fêtes basques de Saint-Jean-de-Luz, 1892
Affiche des fêtes basques de Saint-Jean-de-Luz, 1892

Il s’y côtoie aussi bien un Moyen Age rêvé, un Orient islamique idéalisé, une austère adhésion au catholicisme et à l’Ancien régime qu’une vision ethnographique de l’Ethiopie, une passion des sciences et une quête de la compréhension du monde. C’est pourquoi l’édifice rassemble non sans originalité des appartements bourgeois, une vaste chapelle et un observatoire astrogéophysique.

L’exécution du chantier, des décors et des collections impliqua, en outre, une importante variété de maîtres d’œuvre et d’artistes de renom, qui composent un tableau précis et exemplaire de l’organisation d’un chantier de cette ampleur durant le second XIXe siècle.

Cet éclectisme raisonné et fantasque doit beaucoup à son commanditaire Antoine d’Abbadie (1810-1897), qui voulut faire de sa demeure une œuvre à son image, réunissant ses centres d’intérêts et ses valeurs, témoignant parfois des complexités voire des contradictions de l’âme humaine. Né en 1810 à Dublin, d’un père basque émigré contre-révolutionnaire et d’une mère irlandaise, d’Abbadie consacra sa vie aux sciences, au voyage et à la religion et s’intéressa particulièrement au peuple éthiopien et à la culture basque, dont il incarne une figure fondamentale du renouveau identitaire. Après avoir exploré l’Ethiopie durant onze ans en quête des sources du Nil, qu’il crut avoir découvertes, il fut élu correspondant de l’Académie des sciences en 1852 puis en fut promu membre permanent en 1867.

Le projet d’une habitation bourgeoise et relativement prestigieuse germa en lui dès sa jeunesse mais il ne put le mettre en application qu’à son retour d’Ethiopie au début des années 1850. Après quelques années, il fit la rencontre de Virginie Vincent de Saint-Bonnet (1828-1901), issue de la haute-société lyonnaise, qu’il épousa en 1859. C’est à ses côtés que le projet d’habitation fut concrétisé. Plus qu’une demeure de villégiature, Abbadia était leur ermitage scientifique et romantique, une thébaïde où ils faisaient régner leur vision cléricale et réactionnaire du monde.

Légué à l’Académie des sciences afin de poursuivre son activité savante, le château d’Abbadia a conservé sa fonction d’observatoire jusqu’en 1975 et a fait office de villégiature pour les académiciens jusqu’à son ouverture au public en 1996. De par son incontestable intérêt patrimonial, grâce notamment à la conservation de ses décors, de ses collections et de son architecture, il a été classé au titre des Monuments historiques en 1984, a fait l’objet d’une importante campagne de restauration entre 1996 et 2008 et, enfin, s’est vu décerné le label « Maison des illustres » par le ministère de la Culture en 2012.

Cette découverte virtuelle invite le visiteur à pousser la porte d’Abbadia afin d’en découvrir les grandes lignes, toujours calquées sur la vie extraordinaire de ses commanditaires, et de faire connaissance avec le joyau qu’il représente pour l’histoire de l’art du XIXe siècle.

Viviane Delpech - chercheur associée à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour