Les univers du château d’Abbadia

Dieu au-delà de tout, Abbadia un monde révolu

Chambre de Jérusalem
Chambre de Jérusalem
Pignon ouest de l’observatoire. Psaume de David : « Coeli enarrant gloriam Dei » (Les cieux racontent la gloire de Dieu)
Pignon ouest de l’observatoire. Psaume de David : « Coeli enarrant gloriam Dei » (Les cieux racontent la gloire de Dieu)

La vie de d’Abbadie s’articulait autour de nombreux centres d’intérêts témoins des avancées de son temps en termes de développement des savoirs et de la technique. Pour autant, le savant plaça son existence sous le signe des valeurs catholiques dont il était un fervent défenseur. Cet engagement provenait d’un idéal romantique, dont d’Abbadie admirait les fondateurs et porte-parole tels que Schiller, Chateaubriand ou Walter Scott. Au-delà de la foi, le savant concevait sa dévotion cléricale comme un véritable sacerdoce politique vivement opposé au bonapartisme et au libéralisme.

En Ethiopie, d’Abbadie fut à l’origine de deux missions catholiques alors que le Saint-Siège avait rompu ses relations avec le pays depuis le XVIIe siècle. Puis, sa vie durant, il soutint les ecclésiastiques, en assurant leur formation aux sciences, en finançant l’entretien d’églises, en prenant part à la pensée politique ultramontaine.

D’Abbadie entendait rendre ses lettres de noblesse à la science catholique et, même, il plaça sa foi au-dessus de tout, y compris au-delà des sciences. Sa pratique scientifique n’était donc pas uniquement rationaliste. Elle était placée sous l’égide des philosophies de saint Thomas d’Aquin et de saint Augustin d’Hippone, dont deux verrières ornent le chœur de la chapelle. Il n’est donc pas incohérent qu’il offrît une place centrale à la religion au sein de sa demeure, en édifiant une vaste chapelle, en dédiant certains décors au pèlerinage et à son patron tutélaire, saint Antoine l’Ermite, et en parsemant l’édifice d’inscriptions souvent hiératiques.Les dimensions de la chapelle et l’organisation du domaine illustrent bien le modèle de société idéale promu par le légitimiste d’Abbadie, qui, de manière anachronique, se fondait sur l’Ancien régime et une utopie féodale à l’heure de la séparation imminente de l’Eglise et de l’Etat. Au centre de sa propriété, il appelait ses métayers à la messe dominicale, administrait la culture de ses terres comme un seigneur et faisait régner d’austères valeurs morales. En cela, d’Abbadie, sorte de suzerain de son quartier de Subernoa, incarnait l’un des derniers témoins du romantisme du début du XIXe siècle et promouvait une organisation sociopolitique révolue s’éloignant progressivement des attentes de la société moderne.