Orfèvrerie des églises des Landes

L'orfèvrerie d'Ancien Régime

Chapelle (calice et patène, deux burettes et bassin) (Michel II Delapierre, Paris, 1756)
Chapelle (calice et patène, deux burettes et bassin) (Michel II Delapierre, Paris, 1756)

Les églises landaises ne conservent qu’un petit nombre d’objets liturgiques anciens en métal précieux : deux douzaines environ à ce stade du recensement. Aucun d’entre eux n’est antérieur au milieu du XVIIe siècle, alors que quelques « trésors » gardent encore des œuvres en cuivre ou laiton d’époque médiévale (pyxide de Luxey) ou Renaissance (croix de Bias et de Caupenne, plats de dinanderie).

Les procès-verbaux des visites épiscopales – le département englobe les anciens diocèses d’Aire et de Dax et des portions de ceux de Bordeaux, Bazas et Lescar – signalent pourtant sous l’Ancien Régime, dans la plupart des paroisses, la présence d’au moins un calice et un ciboire, voire d’un « soleil » (ostensoir) tout ou partie en argent.

De même, les rares registres de fabrique conservés font état d’acquisitions régulières auprès d’artisans dacquois ou aturins. Ainsi, la modeste paroisse d’Herm, près de Dax, achète un soleil au « sieur Became » en 1750, des crémières à l’orfèvre Laborde de Dax en 1767, une croix d’argent (1773), un aspersoir et un baiser de paix (1778) à un autre Dacquois, Joseph Mauméjean…

Les raisons d’une telle hémorragie se laissent aisément deviner. Les troubles des guerres de Religion, particulièrement dramatiques dans le nord-est et le sud du territoire, ont occasionné pillages et destructions dont le « verbal de Charles IX » se fait l’écho. Par la suite, les ensembles reconstitués au temps de la Réforme catholique ont fait les frais des réquisitions de métaux précieux sous la Révolution. L’estimation, faite à l’échelle nationale, d’une perte de 80 à 90 % de la masse d’argenterie cultuelle dans les années 1791-1793 doit sans doute être majorée dans le cas landais. La dégradation naturelle des matériaux, le désir légitime de renouvellement – surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle – et, parfois, l’incurie des époques successives ont fait le reste. 

Un corpus aussi mince n’autorise pas de conclusions tranchées, d’autant que beaucoup de ces pièces ne sont ni précisément datées, ni attribuables à un auteur ou à un lieu de production (poinçons effacés, mal insculpés ou non répertoriés). Parmi les rares objets suffisamment documentés, trois seulement proviennent de Bordeaux (vers 1660, 1711 et 1743-1756), cinq ou six de Paris (entre 1659 et 1777), cinq de Mont-de-Marsan (années 1750-1760). Pour ce dernier foyer, dépendant de la généralité de Bordeaux mais de faible importance par rapport à ses concurrents régionaux, seuls cinq orfèvres sont connus, dont trois membres de la famille Lacère. C’est au dernier et au plus actif d’entre eux, Joseph, que reviennent les cinq pièces repérées, toutes concentrées dans un rayon de trente kilomètres autour de Mont-de-Marsan.