Orfèvrerie des églises des Landes

L'entre-deux-guerres : de nouvelles formes pour une spiritualité renouvelée

Calice(Joseph Armand-Calliat, dit Armand-Calliat fils, Lyon, 1907-1924)
Calice(Joseph Armand-Calliat, dit Armand-Calliat fils, Lyon, 1907-1924)

Les années 1920-1940 sont aussi une époque « d’entre-deux » pour l’orfèvrerie liturgique. La production sérielle d’inspiration médiévale, dite (à tort) « de Saint-Sulpice », se perpétue durant toute la période, comme en témoigne le maintien de nombreux modèles du XIXe siècle au catalogue des orfèvres. Dans le même temps, des associations d’artistes et de clercs, tels les Ateliers d’art sacré, les Artisans de l’autel ou L’Arche, récusent cette esthétique et l’esprit qui la sous-tend, au nom de quelques grands principes : réhabilitation de l’artisanat, unicité de l’œuvre, simplicité des lignes et vérité du matériau. Dans les faits, rares sont les pièces d’orfèvrerie conservées dans les Landes qui répondent strictement à ces critères : la « chapelle » exécutée de 1930 à 1935 par Fra Donat, membre des Artisans de l’autel, fait presque figure d’unicum.

Ces recherches, contemporaines des premières tentatives catholiques d’œcuménisme et de retour aux sources supposées du christianisme, influencent toutefois, plus ou moins directement, lévolution des grandes fabriques centenaires – dont certaines ne fermeront que très tard (Poussielgue-Rusand en 1963, Armand-Calliat en 1968, Favier frères en 1973). Celles-ci trouvent dans les lignes épurées de l’Art déco, qui triomphe autour de 1925, le moyen de renouveler une production parfois essoufflée. Ce renouveau passe par la mutation des formes, mais aussi par l’emploi, souvent à des fins symboliques, de matériaux inusités comme les bois exotiques et l’ivoire (fournis par l’empire colonial) ou encore divers alliages… une pratique qui éloigne ces objets de l’orfèvrerie stricto sensu. L’élargissement de l’iconographie traditionnelle aux symboles paléochrétiens (colombe, pains, poisson), aux figures de l’Ancien Testament ou à celles des Églises sœurs (les Pères de l’Église grecque) va de pair avec cet aggiornamento formel.

Les églises landaises renferment un nombre respectable de vases sacrés produits dans ces années de transition, qui précédèrent la « révolution » liturgique du concile de Vatican II (1962-1965). Souvent datés avec précision grâce aux inscriptions commémorant l’ordination du premier prêtre propriétaire, ils consacrent la suprématie des ateliers lyonnais, relayés par un réseau efficace de revendeurs locaux (dont la maison Diharce de Bayonne), auprès du clergé et des fidèles landais.