Orfèvrerie des églises des Landes

« L'âge d'or » de l'orfèvrerie religieuse dans la seconde moitié du XIXe siècle

Châsse (Placide Poussielgue-Rusand, Paris, 1847-1889)
Châsse (Placide Poussielgue-Rusand, Paris, 1847-1889)

A partir des années 1850 s’installe dans les Landes, comme sur toute l’étendue du territoire national, un monopole de fait des centres parisien et lyonnais pour la production et la diffusion d’objets liturgiques. La capitale l’emporte assez largement jusqu’aux années 1880, avec les Poussielgue-Rusand, Thierry, Demarquet, Trioullier, Jamain et Chevron... Par la suite, Lyon fait jeu égal avec elle et même la dépasse au tournant des XIXe et XXe siècles grâce au succès extraordinaire des maisons Armand-Calliat, Gille, Villard et Fabre et surtout Favier frères. L’abondance des pièces conservées montre le désir de nouveauté et, tout autant, la prospérité retrouvée d’une Église désormais réinstallée au cœur de la société : plus de 60 % du corpus landais d’orfèvrerie religieuse date de cette période.

Les évolutions techniques, qui accroissent le rythme de la production et permettent d’en réduire le coût, ont aussi leur part dans cette réussite. Parallèlement, sous l’influence d’archéologues comme le Père Martin ou Didron et d’architectes célèbres tels Viollet-le-Duc, Bœswilwald, Abadie ou Bossan – tous concepteurs de modèles d’orfèvrerie sacrée –, les praticiens remettent à l’honneur des techniques décoratives du Moyen Âge et de la Renaissance délaissées à l’âge classique : niellage, émaux cloisonnés, filigranes vrais ou faux, sertissage, etc. Malgré les apparences, cette production sérielle n’est que rarement « industrielle » au sens strict. Même les maisons les plus actives, en dépit de la mécanisation et d’un personnel important (40 ouvriers chez Armand-Calliat en 1885), conservent à leurs ouvrages un caractère semi-artisanal. Deux pièces d’un même orfèvre, identiques à première vue, présentent à l’analyse de nombreuses variantes, soit dans l’iconographie (médaillons figurés insérés à la demande du client), soit dans le détail ornemental, soit enfin dans la finesse de la ciselure, dite « riche » à son plus haut degré de finition : une ductilité que n’autorise guère l’achat sur catalogue du mobilier de série.

L’époque se singularise enfin par la diversité de ses sources d’inspiration : le classicisme « à la grecque » perdure jusqu’au Second Empire (navette à encens de J.G.F. Morel) ; le néo-rocaille et le néo-renaissance s’épanouissent dès le règne de Louis-Philippe (« chapelle » d’Alexandre Thierry) parallèlement au triomphe du néo-gothique, qui fait aussi l’objet de créations originales (ostensoir de L. Bachelet). Peu d’orfèvres, toutefois, sont vraiment spécialisés dans l’un ou l’autre style, comme le montre l’ample éventail de leurs catalogues. Quant au décor historié, il est largement tributaire des grands noms de la peinture religieuse des XVIe et XVIIe siècles, passés au filtre des Annales du Musée de C.-P. Landon (1801-1835) et de ses gravures au trait.