Orfèvrerie des églises des Landes

Du rétablissement du culte à la fin de la production régionale (1800-1840)

Baiser de paix (orfèvre P.M., 1814)
Baiser de paix (orfèvre P.M., 1814)

Le rétablissement du culte catholique, conforté par la signature du Concordat de 1801 entre la France et la papauté, rendit nécessaire la reconstitution des ensembles d’orfèvrerie fondus ou dispersés pendant la Révolution. Ces circonstances exceptionnelles expliquent le nombre élevé de pièces de cette époque conservées dans les églises landaises, où les décrets révolutionnaires de saisie semblent avoir été appliqués avec rigueur.

Le renouvellement régulier des poinçons de titre et de garantie dans la première moitié du XIXe siècle (1798, 1809, 1819, 1838) permet une datation assez précise de ces ouvrages, que l’on peut encore affiner grâce aux dates d’activité connues des orfèvres. L’analyse du corpus révèle ainsi une forte densité d’acquisitions du Consulat jusqu’au début de la Restauration, avant un net reflux dans les années 1820-1830, sans doute dû à la saturation momentanée du marché.

L’étude de la provenance des œuvres est aussi riche d’enseignements. Le déclin, voire la disparition, des petits centres locaux de Mont-de-Marsan et de Dax, ruinés par l’intermède révolutionnaire, aplanit la voie aux productions « régionales », entendues au sens large du grand sud-ouest (Bordeaux, Toulouse, accessoirement Bagnères-de-Bigorre). Deux orfèvres bordelais, M.A.F. Grégoire (reçu maître en 1789) et L. Dupouy (actif à partir de 1813) accaparent ainsi une large part des commandes, en concurrence directe avec le Toulousain Louis Samson. Dans le même temps, le recours aux orfèvres parisiens – Lyon n’apparaîtra qu’à la fin des années 1830 –, encore exceptionnel sous l’Ancien Régime dans les diocèses excentrés d’Aire et de Dax, se banalise. Des maîtres comme J.B.S. Lefranc, Th. Bary, C.A. Blerzy, J.G.A. Bompart, N.T. Cailliez, J.F. Mézard ou J.A. Loque fournissent alors de nombreux objets cultuels de qualité inégale, mêlant le plus souvent métal précieux et alliages cuivreux (laiton ou bronze), en accord avec l’impécuniosité chronique des fabriques paroissiales à peine rétablies (1809).

Ces objets, créés par des praticiens formés pour beaucoup avant la Révolution, illustrent la permanence des formes héritées du XVIIIe siècle : un style rocaille assagi (ostensoir d’Adour et Gautier, encensoirs de Grégoire) coexiste ainsi avec un classicisme issu du « goût à la grecque » des années 1760-1780 (ostensoir de L. Samson, burettes et calice de Th. Tonnelier).