Le souvenir des morts de la Grande Guerre dans les églises des Landes

La statuaire sérielle et la gravure

On fera un sort rapide à la production industrielle, majoritaire sur les places de village, mais qui constitue aussi une part essentielle de ces monuments paroissiaux. Le recensement landais montre la faveur rencontrée par quatre ou cinq modèles sériels en plâtre ou terre cuite, plus rarement en marbre, de tailles et de coûts variés. La fabrique orléanaise de Marcel Marron remporte un franc succès avec trois œuvres du sculpteur Charles Desvergnes (1860-1928), le célèbre groupe du Poilu couronné par la Victoire (Bassercles, Beyries, Léon, Saint-Geours-de-Maremne) et surtout les plaques dites du Divin modèle (soldat mourant exhorté par un ange qui lui montre le Christ en croix) et à l’ange (plus d’une trentaine d’exemplaires repérés), déclinées le plus souvent en fausse pierre rehaussée de dorure, parfois en faux bronze.

Monument aux morts dit « Poilu couronné par la Victoire », par M. Marron d’après Ch. Desvergnes. Saint-Geours-de-Maremne, église Saint-Georges. © Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau.
Plaque commémorative dite « Le divin modèle », par M. Marron d’après Ch. Desvergnes. Vert, église Saint-Vincent. © Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau).
Plaque commémorative dite « Le divin modèle », par M. Marron d’après Ch. Desvergnes. Heugas, église Notre-Dame. © Région Aquitaine, Inventaire général – J.-Ph. Maisonnave.
Monument aux morts : Vierge de pitié et plaque « à l’ange », par M. Marron d’après Ch. Desvergnes, 1919. Brocas, église Saint-Jean-Baptiste. © Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau.

Mais c’est la ville de Toulouse, dont la production statuaire en terre cuite est florissante depuis le milieu du XIXe siècle, qui se taille la part du lion grâce à l’activité protéiforme des maisons Giscard et Hippolyte Miquel. La seconde, comme Marron, propose un modèle en ronde bosse – soldat mort allongé sur un autel orné de la palme de la victoire (ou du martyre ?) – et un bas-relief aux allures de retable (sur un dessin d’Étienne Camus), où la geste nationale (coq dressé sur ses ergots, guerrier gaulois et fantassin contemporain en sentinelles) se conjugue au dolorisme chrétien – un aumônier militaire désigne au poilu agonisant la Vierge en intercesseur et le Christ crucifié. Certaines paroisses combinent les deux modèles, comme à Sanguinet, où ils s’inscrivent dans une arcature feinte timbrée de la croix de Guerre et d’un trophée d’armes. Le modèle d’Henri Giscard, Je suis la résurrection et la vie (réalisé pour l’externat Sainte-Marie à Lyon), très proche du Divin modèle de Desvergnes, se contente d’ajouter l’ancre de l’Espérance entre les mains de l’ange de miséricorde.

Plaque commémorative, par la fabrique Hippolyte Miquel, Toulouse. Baigts, église Notre-Dame-de-l’Assomption. © Région Aquitaine, Inventaire général – J.-Ph. Maisonnave.
Plaque commémorative dite « Je suis la résurrection et la vie », par la fabrique Henri Giscard, Toulouse. Vieux-Boucau-les-Bains, église Saint-Clément. © Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau.
Tableau commémoratif des morts, lithographie par Lang et Blanchon d’après Jean-Alexandre Corabœuf, 1919. Louer, église Saint-Laurent. © Région Aquitaine, Inventaire général – J.-Ph. Maisonnave.
Tableau commémoratif des morts, gravure aquarellée, par André Hellé. Sore, église Saint-Jean-Baptiste. © Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau.

Les paroisses les plus modestes, dont les ressources ne permettent pas l’achat de ces modèles statuaires assez coûteux (975 francs pour le "retable" de Camus et Miquel dans sa grande version), se contentent parfois de simples gravures "prêtes à l’emploi", où l’on complète à la plume la liste des défunts. L’humidité ou les parasites ont eu souvent raison de ces supports fragiles, aussi les exemples conservés sont-ils rares : deux exemplaires de la lithographie de Corabœuf pour les éditeurs Lang et Blanchon, au riche programme iconographique (Estigarde, Louer), un seul du dessin aquarellé d’André Hellé, d’un style déjà Art déco (Sore).