Le souvenir des morts de la Grande Guerre dans les églises des Landes

Célébration collective et hommage individuel

La nature souvent privée de l’initiative peut, à l’occasion, conférer à ces mémentos un degré de personnalisation impensable dans le cas des monuments de place publique, collectifs par principe, où l’individualité des défunts n’est évoquée qu’au travers de l’énumération patronymique. Tels notables, "patrons" d’une chapelle de campagne, érigent un mémorial à leur héritier tombé au champ d’honneur (monument d’Étienne Duffour élevé par sa tante Coralie Laudet à Laballe, Parleboscq). Plus modestement, une plaque ou une inscription gravée à même la pierre glorifie le sacrifice d’un deuxième classe (Eugène Dubroca à Saint-Jean d’Aulès, Doazit). Telle famille dédie une verrière au souvenir du disparu (Gervais Julien à Brocas) ; telle autre donne ses traits typiquement Belle Époque au porte-étendard de saint Louis sur un vitrail de La justice à Vincennes (Pierre Loustau à Pouillon). Ailleurs, on reproduit la photographie des héros sur des plaques de porcelaine (Maillas) ; on accroche au-dessus du tableau commémoratif leurs décorations gagnées au feu, Légion d’honneur et croix de Guerre (Tercis-les-Bains) ou on l’encadre de leurs couronnes mortuaires, dûment dédiées par leurs veuves (Arx). De manière plus discrète, la famille peut offrir un vase sacré (calice, ciboire) à l’église de sa paroisse en mémoire du défunt, comme le fit celle du jeune Maurice Despessailles à Cassen en 1916.

Inscription à la mémoire d’Eugène Dubroca. Doazit, église Saint-Jean d’Aulès. © Région Aquitaine, Inventaire général – J.-Ph. Maisonnave.
Verrière : Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes. Pouillon, église Saint-Pierre. Ensemble et détail. © Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau.
Monument aux morts, par Hippolyte Miquel, Toulouse. Maillas, église Notre-Dame. Détail des plaques à portraits photographiques. © Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau.
Verrière de Saint Michel dédiée à la mémoire de Gervais Julien, par la fabrique Dagrant de Bordeaux, 1930. Brocas, église Saint-Jean-Baptiste. © Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau.
Tableau commémoratif des morts, par Duprat, menuisier à Dax. Tercis-les-Bains, église Saint-Pierre. © Région Aquitaine, Inventaire général – J.-Ph. Maisonnave.
Tableau commémoratif des morts, par Henri Giscard, Toulouse. Arx, église Saint-Martin. © Région Aquitaine, Inventaire général – M. Dubau.
Calice, par Henry Nesme, orfèvre à Lyon, offert en 1916 en mémoire de Maurice Despessailles. Cassen, église Saint-Pierre. © Région Aquitaine, Inventaire général – J.-Ph. Maisonnave.
Cloches dédiées aux morts de la guerre : à gauche, par la fonderie Dencausse de Tarbes, 1920, Parleboscq, église Saint-André de Bouau ; à droite, par Amédée Vinel, Toulouse, 1921, Tercis-les-Bains, église Saint-Pierre. © Région Aquitaine, Inventaire général – J.-Ph. Maisonnave.
 

Ces quelques exemples laissent déjà entrevoir la grande variété de supports, de formes et de techniques que présentent ces mémentos – il n’est pas jusqu’aux cloches qui ne puissent servir de médium à la commémoration (Parleboscq-Bouau, Tercis), de façon d’ailleurs paradoxale puisque ces inscriptions ne sont pas destinées à être vues du public (hormis le jour du "baptême" des cloches). Au rebours des monuments communaux, généralement cantonnés à la statuaire (le plus souvent de série) et à quelques éléments architecturaux, les moyens pour pérenniser la mémoire des morts glorieux dans les églises sont multiples, de la simple plaque apposée dans le porche jusqu’à l’aménagement complet d’une chapelle du souvenir.