La cathédrale de Bordeaux

Historique

Les trois travées occidentales de la nef au nord
Les trois travées occidentales de la nef au nord
Chevet
Chevet
Tour Pey-Berland (clocher)
Tour Pey-Berland (clocher)
Notre-Dame d'Aquitaine au sommet de la tour Pey-Berland
Notre-Dame d'Aquitaine au sommet de la tour Pey-Berland
Arcs-boutants de la nef au sud
Arcs-boutants de la nef au sud
Couronnement d'une sacristie méridionale portant la signature de Paul Abadie
Couronnement d'une sacristie méridionale portant la signature de Paul Abadie

La cathédrale de Bordeaux se compose d’une nef unique à sept travées, d’un transept élevé à deux travées, d’un long chœur entouré de deux collatéraux longés de chapelles et d'un déambulatoire sur lequel ouvrent cinq chapelles rayonnantes. Deux tours à chaque extrémité du transept, celles du sud possédant une chambre des cloches et couvertes d’un toit en terrasse, celles du nord munies de flèches en maçonnerie, sont accessibles par deux escaliers en vis. Des annexes et des sacristies sont appuyées contre l’élévation nord de la nef et entre ses arcs-boutants au sud.

Dans les années 1130-1160, la reconstruction de la nef débute par le mur sud et s’appuie sur les maçonneries antérieures qui subsistent encore de nos jours à l’ouest et au nord. Elle était alors divisée en trois grandes travées carrées (non comprise la travée occidentale), prévues pour être couvertes de voûtes d’ogives, selon un parti dit « angevin », ou bien encore de coupoles. Les travaux n’étaient peut-être pas terminés au début du XIIIe siècle, lorsqu’on décida de dédoubler ces travées pour en former six de plan barlong voûtées d’ogives. Les murs furent alors surélevés d’un étage, les fenêtres ouvertes puis le portail Royal percé vers 1250 dans la 5e travée au nord. Le décor austère de cette nef, au moins au sud, est à mettre en relation avec l’épiscopat de Geoffroi du Loroux (1135-1158), instaurateur pour le chapitre bordelais de la règle augustine de stricte observance et proche de l’ordre cistercien de saint Bernard.

Le chantier de reconstruction du chœur débuta dans les années 1280 par la chapelle axiale et bénéficia rapidement des largesses du pape bordelais Clément V, Bertrand de Goth (1305-1314). Il est probable qu’on projetait alors de relier ce large chœur à une nouvelle nef à trois vaisseaux. Mais en 1320, lorsque le maître d’œuvre Bertrand Deschamps y travaille, ni le chœur ni le transept ne sont achevés. Le raccordement de la nef à l'opus novum sera réalisé tant bien que mal, entre 1330 et 1360, dans un contexte fragilisé par la guerre de Cent ans. Les travaux se poursuivent alors lentement, comme l’indiquent les pignons du transept et sa haute toiture « à la guise de France », qui n’a pu être établie qu’après 1450.

La première pierre du clocher isolé de la cathédrale est posée en 1440 par l’archevêque Pierre (Pey) Berland. Un contrebutement de la nef plus efficace que les éperons triangulaires construits entre les travées primitives et les contreforts plats des travées ultérieures devint nécessaire à la suite de désordres dans les voûtes : deux arcs-boutants sont d’abord établis au sud, l’un en 1479 entre la 5e et la 6e travée par le maître d’œuvre Jehan de l’Espinet, l’autre entre la 3e et la 4e travée, peut-être par ce même maçon.

De 1508 à 1511, les voûtes en mauvais état des quatre travées occidentales sont démolies par Simon Meschin et reconstruites vers 1515 sous la direction d’Imbert Boachon, avec des ogives à liernes et tiercerons : les armoiries de l’archevêque Jean de Foix (1501-1529) figurent sur la clef de la 3e travée. Le même Imbert Boachon reconstruit en 1510 la rose du transept au nord et élève trois nouveaux arcs-boutants : en 1511 celui, oblique, de l’angle sud-ouest de la nef et le suivant, en 1513 celui entre les 2e et 3e travées au nord. Son successeur Mathelin Galopin érige en 1519-1520 les deux derniers arcs-boutants au sud, entre la 2e et la 3e travée et entre la 4e et la 5e. La tribune d’orgue construite en 1530, le jubé élevé dans la même décennie et le dernier arc-boutant (appelé contrefort de Gramont) établi en 1531 au nord de la nef, entre la 4e et la 5e travée, terminent les travaux d’aménagement de l’édifice.

Du XVIe au XVIIIe siècle, l’édifice vit des travaux de maintenance : les remplages des fenêtres du chœur sont reprises au XVIe siècle et les flèches sont restaurées en 1665. Un projet de réfection du chœur en 1644 ne fut par ailleurs jamais réalisé. Un autre en 1758-1766, pour lequel on s’adressa au sculpteur parisien Guillaume II Coustou, avorta par manque de moyens. Après la destruction des anciens bâtiments de l’archevêché, l’architecte bordelais Lartigue proposa en 1776 sans succès une nouvelle façade occidentale de style « gothique ». L’incendie du 27 août 1787, qui détruisit les combles du chœur et du transept, et la Révolution accentuèrent la dégradation de l’édifice, tant de l’architecture que du mobilier.

Entre 1793 et 1797, la cathédrale servit de magasin des fourrages militaires et de salle de réunion. Le culte rétabli en 1798, il fallut d’abord assurer le clos et le couvert puis remeubler l’édifice. C’est l’architecte et ingénieur du département et premier architecte de la cathédrale, Louis Combes (1757-1818) qui fut chargé des travaux : pavement des chapelles, vitres basses, portes, puis, de 1804 à 1812, restauration du chœur (démolition du jubé Renaissance), dallage (le sol est surélevé de 1,40 m) et aménagement de la nef (piles retaillées, tribune d’orgue, banc d’œuvre), voûtes, charpente et couverture (le toit du transept est abaissé, le pignon nord refait en 1808), consolidation des flèches. Dans le même temps, la tour Pey-Berland échappe à la démolition. Le successeur de Combes, Pierre Alexandre Poitevin (1782-1859), architecte du département et de la ville, reconstruit les voûtes du bras nord du transept et le pignon neuf, renversé par une tempête en 1820 ; il édifie en 1826 les sacristies au nord, dont l’une va cacher et endommager le portail Royal. Jean-Charles Danjoy (1806-1862), architecte diocésain en 1848, aménage les chapelles Notre-Dame du Mont-Carmel et Saint-Joseph en 1855-1862 et restaure la tour Pey-Berland. Paul Abadie (1812-1882) devient architecte de la cathédrale en 1862. Il dirigea en 1865 la destruction du cloître situé sur le flanc sud de la nef et le remplaça par les sacristies actuelles, élevées de 1869 à 1879.

Depuis la loi de séparation des Eglises et de l’Etat en 1905 et le décret du 7 juillet 1912, où l’entretien des cathédrales est confié au Ministère de la culture, le Service des Monuments historiques restaure l’édifice : reconstruction des voûtes occidentales de 1907 à 1909, de la flèche nord-ouest en 1942, de celle du nord-est en 1958, réfection de la couverture des chapelles rayonnantes et du déambulatoire terminée en 1990, restauration des tours nord, des sacristies, décapage du portail nord en 1996-1997, restauration des chapelles rayonnantes de 1994 à 2007, de la tour sud-ouest en 2003, de la chapelle Notre-Dame du Mont-Carmel, de la façade du transept sud et de la tour sud-est en 2008-2009.

Des fouilles pratiquées dans l’axe du transept au nord ont mis au jour la partie basse des murs d’une tour-porche datée du deuxième tiers du XIIe siècle. Elle donnait accès au portail ouvert dans le transept primitif de la cathédrale, plus long d’une travée que celui reconstruit au début du XIVe siècle. Cette tour, de plan carré, dont on ignore la hauteur et l’aspect de ses superstructures, fut probablement partiellement détruite au XIIIe siècle à la suite de désordres dus à la fragilité du sol. Elle fut alors transformée en ossuaire pour recevoir les restes du cimetière qui la jouxtait. Le retour de la pile d’angle nord-ouest est décoré vers l’intérieur de vestiges de peinture murale où on reconnaît la figure de saint Jacques le Majeur, un temps associé à saint André comme patron de la cathédrale.