La cathédrale de Bordeaux

Description

Elévation occidentale
Elévation occidentale
Elévation du transept au nord
Elévation du transept au nord
Arcs-boutants du choeur au sud
Arcs-boutants du choeur au sud
Toiture du transept et flèches nord
Toiture du transept et flèches nord

« Comme un presse-papier Troubadour sur le tapis vert du square », Louis Hautecoeur, Les places de cathédrales et leurs abords, 1942.

Extérieur

Elévation occidentale

Longtemps cachée par le palais épiscopal, cette élévation, jamais détruite, a conservé les strates des trois grandes campagnes médiévales de construction de la nef : la partie inférieure en petits moellons irréguliers, raidie de chaînes d’angles et de cinq contreforts plats, avec la trace de plusieurs baies bouchées, remonte au XIe siècle. Au-dessus, les assises en moyen appareil régulier, jusqu’à la coursière au niveau du triplet, correspondent à la reconstruction du XIIe siècle et la partie supérieure aux remaniements du XIIIe siècle. La porte d’entrée, provisoire à l’époque, a été percée en 1811 par l’architecte Louis Combes.
L’inclinaison de cette élévation vers le sud-est indique que l’édifice du XIe siècle était davantage orienté vers le nord.

Elévation nord

Les fenêtres des trois travées occidentales peuvent dater des environs de 1210, celles des deux travées suivantes des années 1220-1230, les deux dernières des environs de 1250, tout comme le Portail royal. Le contrebutement est assuré par des éperons correspondant à l’intérieur aux piles des travées carrées primitives et par des contreforts plats au niveau des piles intermédiaires des travées barlongues adoptées au XIIIe siècle. L’arc-boutant situé entre les 4e et 5e travées est appelé « contrefort de Gramont », du nom de son commanditaire, dont les armoiries figuraient au 1er niveau. Il s’agit de l’un des deux archevêques de Gramont, Gabriel en 1529-1530 ou son frère Charles de 1530 à 1544. Dans la 5e travée, s’ouvre le Portail royal qui était jusqu’au percement du portail sud dans les années 1320 la porte d’entrée principale de la cathédrale, du moins la plus renommée car la plus proche de l’archevêché. Entre cette porte et la tour occidentale du transept, subsiste l’une des deux sacristies construites en 1826-1829 dans le style gothique par l’architecte Alexandre Poitevin.

Elévation sud

Elle est presque entièrement cachée par les « sacristies neuves », construites pour le cardinal Donnet (1837-1883) par l’architecte Paul Abadie en 1869 à la place du cloître, entre les arcs-boutants des XVe et XVIe siècles. Ces annexes étaient destinées à abriter la chapelle des fonts baptismaux, la salle du catéchisme, le chœur des chanoines, la salle capitulaire, une chambre pour l’évêque, trois sacristies, les archives de la fabrique, le logement du gardien et l’agence des travaux de la cathédrale. Remarquable création de l’historicisme à Bordeaux, les sacristies offrent une façade néogothique rappelant celle de Viollet-le-Duc à Notre-Dame de Paris.

Transept

Entre les deux tours couronnées de flèches en maçonnerie de l’extrémité nord, la « façade des flèches » comprend, au-dessus du portail, une galerie ajourée, un triplet, une rose, enfin une arcature aveugle qui remplaça en 1820 l’ancien pignon. Deux statues, une Vierge à l’Enfant et un ange, sont posées sur des culots dans la partie basse de la tour est.
A l’extrémité sud, le dernier niveau des tours, dont les flèches, prévues, ne furent jamais construites, comporte une salle servant de beffroi. Le pignon établi au XVIe siècle, qui était semble-t-il couronné par une statue de saint André, s’effondra lors de l’incendie de 1787 et ne fut pas reconstruit. Les parties basses de l’élévation, jusqu’au niveau de la rose flamboyante, sont antérieures de quelques années (vers 1310) à l’élévation symétrique au nord. Le gâble couronnant le portail, endommagé par un auvent construit en 1819, fut rétabli à la fin du XIXe siècle. Le portail sud, construit de biais, a conservé l’inclinaison primitive de l’église.

Chœur

Les cinq chapelles rayonnantes sont couronnées par une balustrade ajourée (reconstruite vers 1880) interrompue par le gâble des fenêtres géminées, selon une formule qu’on rencontre notamment à la cathédrale d’Amiens. Cette balustrade cache les toits bas, à croupe polygonale sur les chapelles rayonnantes, droite ailleurs. La chapelle axiale, plus saillante que ses voisines, a été construite d’un seul jet dans les années 1280, avant les parties hautes des chapelles latérales, celles du sud étant un peu plus anciennes que celles du nord. Les statues de saint André et de sainte Madeleine occupent deux niches sur la culée de l’arc-boutant nord de la chapelle axiale. Les baies ont été reprises au XVIe siècle. Les arcs-boutants comprennent deux arcs successifs surmontés d’une arcature ajourée et séparés par une culée intermédiaire au niveau du déambulatoire et des collatéraux. Les culées logées entre les chapelles rayonnantes et les travées des chapelles nord et sud portent un décor de pinacles.

La deuxième travée de la nef au sud
La deuxième travée de la nef au sud
Voûtes des 3e et 4e travées de la nef
Voûtes des 3e et 4e travées de la nef
Transept
Transept
Mur ouest du transept au sud
Mur ouest du transept au sud
Voûtes du choeur
Voûtes du choeur

Intérieur

La cathédrale Saint-André est un édifice composite dont la masse homogène du chœur contraste avec une nef hétérogène et un transept « aléatoire ». Elle arbore malgré tout des volumes équilibrés (longueur de la nef : 60,5 m ; longueur du transept et du chœur : 57 m environ).

nef

Le sol primitif du XIIe siècle a été dégagé à la base de la 2e pile nord, montrant ainsi la surélévation du niveau du sol au XIXe siècle.
Les murs gouttereaux du XIIe siècle ne sont pas identiques au 1er niveau : celui du sud (1,70 m d'épaisseur), reconstruit le premier en avant de celui du XIe siècle, comportait trois arcs en plein cintre dans chaque travée carrée, tandis que celui du nord, doublé et donc plus épais (2,40 m), présentait trois niches concaves, également en plein cintre. Les piles intermédiaires établies dans la première moitié du XIIIe siècle ont en partie masqué ces arcs. Les chapiteaux à feuillages stylisés et les modillons de la coursière s’inscrivent dans le courant austère du dernier tiers du XIIe siècle. Des traces de faux appareil peint en rouge sur fond blanc et de décor subsistent au sud, au-dessus de la porte qui menait au cloître. Les clés des voûtes à liernes et tiercerons des quatre travées occidentales, reconstruites dans la première moitié du XVIe siècle, portent les armoiries de Jean de Foix (1501-1529) dans la 3e travée, saint André sur la croix en X dans la 4e. Les clés des trois travées orientales, de la première moitié du XIIIe siècle, ont été refaites au milieu du XIXe siècle, elles sont ornées d’un Christ en croix et d’un saint André sur sa croix.
La caractéristique de cette nef demeure, malgré ses remaniements successifs, son compartimentage, constitué par la saillie des piles et les coursières superposées des deux niveaux de fenêtres.

Transept

Depuis la croisée, on voit nettement que la nef des années 1180-1250 a été raccordée au chœur inachevé par l’intermédiaire du transept, dont le voûtement s’adapte mal aux différences d’alignement, de hauteur et de largeur des deux parties. La croisée est de ce fait très irrégulière, ainsi que la travée interne des bras du transept, alors que la travée externe est correctement alignée sur celles du chœur. Vers 1320, le doubleau est de la dernière travée de nef fut extradossé d’un mur orné d’un décor d’arcature aveugle (remonté en 1850). Le désaxement du mur ouest du transept du XIe siècle, très net, est caché, au niveau de la travée interne, par un mur-rideau (mur « diaphane » des maçons normands ou bourguignons) composé d’un grand arc surmonté de deux baies à remplage ménageant un passage mural, et par trois arcs aveugles au niveau de la travée externe, œuvre de Bertrand Deschamps, auteur d'une partie du chœur. 

Chœur

L’unité architecturale du chœur, dont les campagnes de construction s’échelonnèrent entre les années 1280 et 1320, est indéniable. Le chœur liturgique comporte quatre travées droites et une abside à cinq pans, voûtées d’ogives. Son élévation est à trois niveaux : grandes arcades fortement brisées, aux moulures pénétrant dans des piles ornées de chapiteaux à crochets ou à feuillages, triforium aveugle à baies géminées et trilobées, fenêtres hautes à larges piédroits. Ces caractères (pénétration des moulures, triforium aveugle) apparentent le chœur de Saint-André à ceux des cathédrales de Clermont-Ferrand, Limoges, Narbonne et Rodez, abusivement attribués, semble-t-il, à Jean Deschamps, dont rien ne prouve qu’il soit apparenté à Bertrand Deschamps, maître d’œuvre qui travaille vers 1320 à la cathédrale.

Ouvertes sur le déambulatoire, les chapelles rayonnantes, à voûtes d’ogives sexpartites, sont dédiées à l’Annonciation et à sainte Marguerite au nord, à sainte Anne et saint Charles Borromée au sud. Leur élévation comprend un 1er niveau orné d’une arcature, dont les écoinçons sont décorés de végétaux. Au 2e niveau, les fenêtres des absides sont à deux lancettes et rose de réseau, un remplage aveugle occupe les travées droites. Dans la travée droite de la chapelle axiale dédiée au Sacré-Cœur, les écoinçons de l’arcature sont ornés de reliefs : Annonciation, Visitation, Nativité, Annonce aux bergers, Présentation au Temple, Massacre des Innocents, Fuite en Egypte, lutteurs. D’autres reliefs, Fuite en Egypte ou Retour d’Egypte, Annonciation, Rencontre à la Porte Dorée, se trouvent dans la chapelle Sainte-Anne, un autre encore dans la chapelle Sainte-Marguerite, la Chute des idoles.

Les trois chapelles ouvrant primitivement sur les deux collatéraux du chœur ont été transformées en 1855-1862 en deux chapelles uniques : celle du nord est dédiée à Notre-Dame du Mont-Carmel, en relation avec saint Simon Stock, général des carmes mort à Bordeaux en 1265, et celle du sud à saint Joseph.