Hôtels de Lamolère et Raby : un écrin pour le patrimoine aquitain

L’îlot Louis

Plan général des bâtiments
Plan général des bâtiments
Plan du lotissement de l'Îlot Louis
Plan du lotissement de l'Îlot Louis

À l’occasion de la construction du Grand-Théâtre, Louis XV cède à la ville les terrains situés à l'arrière de l’édifice formant une surface rectangulaire descendant presque jusqu’au fleuve. La vente des lots doit aider au financement de la construction de la salle de spectacle. L’architecte Victor Louis est chargé du découpage et de la cession des parcelles. Le Maréchal de Richelieu, gouverneur de Guyenne, estime qu’il ne faut pas hâter les ventes pour encourager la spéculation. Cela explique en partie pourquoi les adjudications s’échelonnent du mois d’août 1774 au mois de mai 1777.

Richard-François Bonfin, architecte de la Ville, n’avait certainement pas vu l’arrivée de Victor Louis à Bordeaux avec grand plaisir. Il n’est pas aisé de juger du niveau et des conséquences de leur mésentente ou rivalité concernant le parti architectural pour la façade de la place Richelieu. Pour l'historien Christian Taillard, spécialiste du XVIIIe siècle, soit Victor Louis a donné le dessin du programme, soit cette charge lui a été confiée d’emblée par l’autorité municipale. Un projet de façade à programme pour cette extrémité de l’îlot signé par Bonfin tendrait à prouver que la concurrence a été réelle entre les deux hommes de l’art.

Dans sa thèse consacrée à la dynastie des architectes Laclotte, l’historien de l’art Philippe Maffre estime que l’on est en droit de se demander si cette concurrence entre Louis et Bonfin n’a pas entraîné l’adoption de certaines des vues de l’architecte de la Ville pour la réalisation de l’extrémité côté fleuve de ce nouveau lotissement. L’analyse stylistique des élévations de la place révèle, en effet, la présence d’éléments architecturaux ou de décor peu usuels dans l’œuvre de Victor Louis.

Le plan ci-contre, provenant du Portefeuille de Louis, représente la façade sur la place comme une des constructions de l'architecte. Quoi qu’il en soit, Louis s'est réservé la construction des immeubles situés aux angles de la place, Lamolère et Boyer-Fonfrède, mais a laissé à des architectes bordelais le soin de construire les autres immeubles de l’îlot. Les frères Laclotte en ont construit la plupart : Étienne Laclotte signe, par exemple, en 1774 le devis pour la maison Faurie mitoyenne de l'hôtel Boyer-Fonfrède. Les architectes Laclotte ont également été sollicités pour la maison Douat (19 cours du Chapeau-Rouge) et pour la maison Lafite (au numéro 17). L’architecte Lhote est, pour sa part, l’auteur de l’hôtel Feger-Latour (4 rue Esprit-des-Lois).

Les 43 lots tracés par Victor Louis furent répartis entre 21 acquéreurs dont 14 négociants. Bien qu’ayant très tôt posé un droit d’option pour la parcelle de l'angle nord-est de l’îlot, le conseiller au Parlement Lamolère, n’en devient propriétaire qu’en 1775. Un paiement tardif imposa à Victor Louis de réclamer son "dû" par lettre datée du 21 octobre 1780.

Les façades donnant sur les quais se devaient de recevoir un traitement spécifique. En effet, depuis un arrêt du Conseil d’État en date du 7 février 1730, il était ordonné qu’il serait "bâti sur le port de Bordeaux des maisons de façades uniformes". Dans le cas de l'îlot Louis, la Ville s’était engagée, en contrepartie, à ne rien édifier entre la façade et le fleuve. Pour la façade de l’îlot située immédiatement derrière le Grand-Théâtre, la question de l’homogénéité de l’ensemble avait été partiellement résolue par le fait que presque tous les emplacements furent achetés par le même riche négociant Saige, par ailleurs ami de Louis.