Entre-deux-Mers - moulins

Introduction

Moulin de Bagas en Gironde - détail
Moulin de Bagas en Gironde - détail

Territoire situé en Gironde, entre Garonne et Dordogne, l’Entre-deux-Mers, de par ses caractéristiques topographiques, géologiques et hydrauliques, s’avéra propice à l’installation de moulins. Les cours d’eau, alimentés par résurgences karstiques, ont entaillé ce plateau calcaire, offrant ainsi de nombreuses possibilités d’implantation. A partir de la seconde moitié du XIe siècle, les abbayes bénédictines de La Sauve-Majeure, de Blasimon et de Saint-Ferme y ont largement investi en construisant de nouveaux moulins à eau venant s’ajouter à ceux préexistants. Cette politique traduisait leur volonté de s'assurer de rentes foncières et de droits féodaux en exploitant au mieux les potentialités naturelles locales.

Au XVe siècle, et notamment à l’issue de la guerre de Cent Ans, les seigneurs, laïcs et ecclésiastiques, cherchèrent à remettre en valeur leurs biens fonciers et immobiliers dévastés par le conflit. En rendant attractives leurs possessions par des contrats avantageux, ils suscitèrent une demande en farine, base de l’alimentation de la population, que les moulins à eau pouvaient satisfaire à condition d’être reconstruits.

Sur les 230 moulins à eau de l'Entre-deux-Mers recensés pour la fin du XVIIIe siècle (ce qui fait de ce territoire le mieux équipé de Gironde), au moins 165 étaient déjà en place à la fin du XVe siècle : ces derniers sont dits médiévaux. Equipés d’une à trois paires de meules, ne fonctionnant que par intermittence (éclusées), ces moulins à eau restaient les centres névralgiques de l'approvisionnement en farines des campagnes, ce qui suscitait les convoitises : ainsi, 10 d'entre eux nous sont parvenus équipés de dispositifs de défense. Echauguettes, archères, chemins de ronde suffisent à identifier ces moulins comme fortifiés.

A la production de farines étaient ponctuellement associées certaines activités utiles à la vie quotidienne des populations : battage des draps, forge, production de tan ou d'huile de lin, scierie ou encore papeterie. Pourtant, vers 1870, le développement de grands établissements minotiers de type industriel (Agenais, vallée de l'Isle) - pouvant produire cent fois plus qu'un petit moulin à eau - et l'amélioration des chemins au cours du XIXe siècle, facilitant l'acheminement des farines au cœur des campagnes, finirent par rendre obsolète la meunerie traditionnelle.

Vincent Joineau
Docteur en histoire de l'art et ancien boursier de la Région Aquitaine