Cadillac pittoresque : le regard d'Henri Maignan (1815-1900)

La représentation des lieux et de la vie quotidienne

FAITES GLISSER LE CURSEUR À DROITE ET À GAUCHE
Revers de la porte de la Mer. 
A GAUCHE : Crayon noir par Henri Maignan.  (Album 1848, Folio 4). © Région Aquitaine, Inventaire général, Bernard Chabot, Michel Dubau, 1976. A DROITE : Photo © Région Aquitaine, Inventaire général, Michel Dubau, 2008
FAITES GLISSER LE CURSEUR À DROITE ET À GAUCHE
Revers de la porte de la Mer.
A GAUCHE : Crayon noir par Henri Maignan. (Album 1848, Folio 4). © Région Aquitaine, Inventaire général, Bernard Chabot, Michel Dubau, 1976. A DROITE : Photo © Région Aquitaine, Inventaire général, Michel Dubau, 2008

Douze illustrations montrent qu'Henri Maignan a aimé dessiner les rives de la Garonne dominées par la ville et le château, peut-être vues depuis une embarcation, et les rives de l’Euille sans doute longées au cours de marches à pied depuis Rions. Par ailleurs, les rues de la ville l’ont davantage inspiré que les détails d’architecture du château, dont il semble surtout apprécier la diversité des toitures et la sévérité de la façade. Sans doute pour des raisons d’économie, le dessin de la Porte de la Mer est flanqué à droite du croquis d’une lucarne du château et à gauche de celui d’une cheminée.

Les événements politiques ou sociaux contemporains ne sont pas notés dans les dessins concernant Cadillac ; seuls peuvent être imaginés quelques moments de la vie municipale et quotidienne : femme au puits et bavards sous les couverts, attroupement à la sortie d’un commerce ou rencontre au carrefour des rues et à l’entrée des portes de ville. La nouvelle flèche de l’église, le pont suspendu et la modification des toitures du château signalent les plus importants travaux de la municipalité. Une étape des aménagements urbains, ayant conduit à la destruction d’une partie de l’enceinte et à l’alignement des façades, est par ailleurs visible sur une vue de l’entrée de la ville datée de 1878. Henri Maignan s'attache ainsi davantage aux édifices peut-être menacés par des projets, à l’instar de Bordeaux où il illustre les quartiers destinés à être détruits. La vie économique est traduite enfin par l’image des cultures locales, du trafic des gabarres ou du roulage sur le pont, ainsi que quelques enseignes d’artisans ou commerçants.

Une double inspiration anime ces représentations : un site et une vision poétique qui invite au déplacement. C’est ainsi qu’une femme et un enfant au détour du chemin regardent au loin vers un moulin, que l’ombre du château se reflète dans l’eau, tandis que deux barques descendent le courant ou que des silhouettes bavardent au pied d’un arbre pendant qu’un bateau s’éloigne vers le pont suspendu. Il semble qu’Henri Maignan cherche ainsi à révéler un désir d’aller ailleurs, un goût pour le départ ou la rêverie imposée par le site et la dimension du paysage. Au gré d'un passage sous une voûte ou d'une route qui se perd dans le lointain, ces représentations sont aussi une invitation à quitter le lieu représenté. Si le vieux pont de l’Euille est le thème de trois dessins, le caillou brisant le courant et le rocher fermant une mare, comme les pierres dressées d’un jardin japonais, attirent autant l’attention que le pont lui-même...