Cadillac pittoresque : le regard d'Henri Maignan (1815-1900)

La composition et la lumière

loupeFaçade sur jardin du château des ducs d’Epernon. Ce dessin sans doute daté de 1869 montre les toitures du château modifiées par l’ajout de lucarnes et indique aussi la flèche de l’église Saint-Blaise-Saint-Martin construite en 1853
Façade sur jardin du château des ducs d’Epernon. Ce dessin sans doute daté de 1869 montre les toitures du château modifiées par l’ajout de lucarnes et indique aussi la flèche de l’église Saint-Blaise-Saint-Martin construite en 1853

L’étroitesse des rues et la hauteur des tours de ville ont conduit Henri Maignan à préférer le format portrait pour quatre dessins, les autres vues se présentant en format paysage avec une ligne d’horizon remontée. La répartition des formes montre une prédominance des lignes horizontales sur les vues des bords de rivière et au contraire des lignes verticales dans les vues urbaines avec les représentation des façades, des tours de l’enceinte et des pavillons du château. Mais ce sont les lignes obliques et diagonales se croisant dans les toitures, les perspectives et les ombres portées qui sont les plus marquantes avec les nombreuses courbes données par les voûtes ou les arches, les collines, les feuillages, et les voilures des barques. Les formes sont données par des contours aux traits discontinus de crayon gras, peu appuyé, avec des reprises successives complétées parfois à la gouache. Les dessins de Henri Maignan ressemblent quelquefois à des lithographies à cause d’un trait diffus occasionné par le papier, la mine ou l’effacement du dessin. Des traits plus noirs soulignent certains effets mais, à l’inverse, une osmose entre les formes crée un seul plan pour le château et les buissons, l’arrière-plan végétal de l’Euille ou celui de la Garonne.

loupeLe château vu depuis l'autre côté de l'Euille
Le château vu depuis l'autre côté de l'Euille

Les différentes valeurs de lumières sont indiquées généralement par les tonalités d’ombres ; Henri Maignan recherche les effets de lumière. Il indique les ombres propres concernant les lieux privés de lumière par des dégradés sombres et par des hachures mais il dessine aussi un peu partout les ombres portées qui nous donnent des indications d’heure : le matin vers la porte de la Mer ou sur la place publique, midi près des cabanes de pêcheurs ou en bas du château, le soir sur la rivière. Les parties hautes des façades sont parfois exposées en pleine lumière, sans modelé, dominant arcades et buissons plus obscurs tandis que des contrevents ouverts au soleil dégagent une baie sombre invitant à pénétrer dans un intérieur inconnu. Des écrans alternativement ténébreux et clairs, tels un décor de théâtre, suggèrent la profondeur des rues et des passages voûtés. Des nuages étirés couvrent la ville avec un effet de couchant et, ailleurs certains ciels dégagés laissent régner une atmosphère paisible. Dans cette sélection d’illustrations la gamme colorée est plutôt restreinte puisque se rencontrent seulement deux exemples de rehauts à la gouache ou à l'aquarelle blancs sur fond bis ou gris et un seul dessin en camaïeu de tons ocre, bis, marron et rouge.