Burdigala sacra : tableaux des églises de Bordeaux (1600-1750)

Les années 1650-1730 : la suprématie parisienne

Assomption, par Philippe de Champaigne
Assomption, par Philippe de Champaigne

Après la disparition prématurée de Guillaume Cureau, la pénurie de peintres locaux d’envergure incite les ordres monastiques à se tourner pour leurs commandes importantes vers Paris, alors au sommet de son dynamisme artistique. Les visitandines sollicitent ainsi en 1672 l’académicien Gabriel Blanchard pour deux tableaux (disparus à la Révolution), imitées l’année suivante par les chartreux, qui commandent à Philippe de Champaigne une Assomption destinée à parachever le décor de leur église. Quant aux dominicains, ils entament un peu plus tard une collaboration durable avec l’un des meilleurs peintres issus de leur ordre, le frère André, qui fournit de 1712 à 1741 dix toiles monumentales pour les autels de leur nouveau sanctuaire.

C’est aussi dans la capitale que l’hôtel de Ville recrute les successeurs de Cureau, Philippe Deshayes puis Antoine Leblond de Latour. Ce dernier, imprégné de l’idéal académique parisien, s’installe à Bordeaux en 1656 et fonde une première École de peinture (approuvée en 1691). Il y forme une génération d’artistes étroitement attachés au modèle classique, bientôt rejoints par d’autres peintres venus des provinces voisines faire une partie de leur carrière à Bordeaux, comme le Limousin Mazoyer ou le Périgourdin Gautier.

Dans le même temps, la nécessité de satisfaire rapidement aux commandes pousse beaucoup d’artistes aux ressources créatrices limitées à recourir au modèle gravé – c’est l’époque où les estampes parisiennes concurrencent, puis supplantent dans le portefeuille des copistes les gravures flamandes jusqu’alors en faveur. La généralisation de cette pratique — plus des deux tiers des peintures bordelaises datables des années 1670-1730 sont des copies —, pour légitime qu’elle fût alors, ne contribua pas peu à l’affadissement progressif de la production locale, puis à son tarissement vers 1750, avant un renouveau tardif à la fin du siècle.

 

Point d’orgue de la décoration de l’église des chartreux, l’Assomption du maître-autel fut exécutée en 1673 par Philippe de Champaigne (1602-1674). Dernier tableau signé de l’artiste, il est aussi l’aboutissement de ses recherches sur un thème qu’il explora à de nombreuses reprises (musées du Louvre, d’Alençon, de Cherbourg, de Grenoble…), notamment deux ans plus tôt pour une autre chartreuse, celle de Durbon dans les Alpes (tableau aujourd’hui à l’église de Saint-Julien-en-Beauchêne).