Burdigala sacra : tableaux des églises de Bordeaux (1600-1750)

Les années 1600-1630 : entre Italie et Pays-Bas

Résurrection (Cadillac, collégiale Saint-Blaise-Saint-Martin)
Résurrection (Cadillac, collégiale Saint-Blaise-Saint-Martin)

Le paysage artistique bordelais connaît au début du XVIIe siècle une évolution remarquable grâce au mécénat de deux grands personnages, le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux de 1599 à 1628, et le duc d’Épernon, gouverneur de Guyenne à partir de 1622 et bâtisseur du château de Cadillac, le « Fontainebleau aquitain ». Si, dans le domaine pictural, le cardinal privilégie l’achat en Italie des grands tableaux qui font aujourd’hui la fierté de la primatiale Saint-André et de l’église Saint-Bruno, le duc d’Épernon constitue à Cadillac une équipe internationale où se côtoient Allemands, Flamands et Parisiens. Le chantier sera pour Bordeaux un véritable creuset artistique, où se formeront au moins deux des peintres de l’hôtel de Ville, dont Guillaume Cureau.

Les liens de la cité aquitaine avec l’Italie, inaugurés avec faste par Sourdis dès le temps d’Henri IV, restent cependant indirects tout au long du siècle, si l’on excepte le long séjour (1613-1638) du mystérieux Pietro Torniello. Les échanges ne s’intensifieront qu’à la fin du XVIIIe siècle, avec l’installation d’Italiens à Bordeaux (Berinzago) et les voyages outre-monts de peintres bordelais (Lacour, Taillasson). Toutefois, quelques tableaux conservés d’origine transalpine prouvent, en dépit de l’obscurité qui entoure souvent leur provenance, que le contact ne fut jamais rompu.

Au contraire des Italiens, les artistes néerlandais, dans le sillage de leurs compatriotes négociants, s’établissent durablement sur les bords de la Garonne, accédant par deux fois à la charge suprême de peintre de l’hôtel de Ville avec Jas Le Roy (Coninckx) et François de Laprairie (Van der Weyden). L’influence de leur petite colonie sur la vie artistique locale, confortée par le quasi-monopole dont jouissent les modèles gravés nordiques, est commune à beaucoup d’autres villes françaises (Toulouse, Montpellier ou Aix pour s’en tenir au Midi), mais elle semble avoir atteint à Bordeaux une intensité toute particulière.

 

Bien qu’il n’appartienne pas au corpus des peintures d’église bordelaises, ce grand tableau, qui représente la Résurrection et se trouve dans la collégiale Saint-Blaise-Saint-Martin de Cadillac, inaugure en quelque sorte un siècle nouveau en Aquitaine par son air de « modernité ». Il permet aussi d’évoquer le mécénat du duc d’Épernon, dont toute trace a disparu à Bordeaux même. Rapprochée autrefois de l’œuvre de Martin Fréminet (1567-1619), dont on retrouve en effet certains traits stylistiques (monumentalité michelangélesque des formes, raccourcis audacieux), la peinture a été attribuée par Joël Perrin au peintre et sculpteur Pierre Biard (1559-1609), principal auteur vers 1597-1609 du décor de la chapelle funéraire du duc, dont ce tableau orne le retable.