Burdigala sacra : tableaux des églises de Bordeaux (1600-1750)

Introduction

Résurrection, par Alessandro Turchi (Bordeaux, cathédrale Saint-André)
Résurrection, par Alessandro Turchi (Bordeaux, cathédrale Saint-André)

Les églises de Bordeaux et de ses environs immédiats (l’actuelle communauté urbaine) conservent aujourd’hui encore, malgré les vicissitudes de l’Histoire, un riche ensemble de peintures qui s’échelonnent de la fin de l’époque gothique à l’Entre-deux-guerres. Au sein de ce corpus, les tableaux du XVIIe et de la première moitié du XVIIIe siècle occupent une place privilégiée, tant par leur nombre — de 130 à 140 œuvres — que par la variété de leur iconographie et de leurs caractères stylistiques, reflets fidèles des grands courants picturaux qui traversent l’époque.

Cette « collection » éparse témoigne par ailleurs, jusque dans ses lacunes, de l’histoire contrastée de la ville en ce siècle foisonnant de la Réforme catholique. Dans les années 1600-1630, le mécénat épiscopal, incarné par le cardinal François de Sourdis, brille d’un éclat inégalé, en dépit de la lutte permanente que mène le prélat contre les pouvoirs séculiers, au premier rang desquels le duc d’Épernon, gouverneur de la province et autre éminent ami des arts.

Lorsque le prestige du siège primatial faiblit au milieu du siècle, c’est à la vingtaine d’ordres monastiques établis dans la cité qu’il revient de perpétuer, même au cœur des troubles de la Fronde (1648-1653), la commande religieuse et, à travers elle, la survie des nombreux artistes et artisans actifs en ses murs. Ces communautés — bénédictins, chartreux, carmes, feuillants, jacobins, jésuites, ursulines ou visitandines — prolongeront la tradition fort avant dans le XVIIIe siècle, recourant, selon leurs moyens et leurs ambitions, à de prestigieux artistes parisiens ou au pinceau plus modeste des praticiens locaux. De fait, c’est bien de ces riches couvents que proviennent la plupart des peintures parvenues jusqu’à nous, une fois passées au filtre des saisies et des redistributions révolutionnaires.

Jean-Philippe Maisonnave, chercheur au Service Régional du Patrimoine et de l’Inventaire – Région Aquitaine