Un manifeste de la Réforme catholique en Périgord : le plafond du "Ravissement de saint Paul" de Saint-Paul-Lizonne

L’opus magnum d’une vie de peintre

Ensemble du plafond vu depuis l'entrée de la nef
Ensemble du plafond vu depuis l'entrée de la nef

De fondation romane (XIIe siècle), mais considérablement remaniée au fil du temps, l’église fortifiée Sanctus Paulus de Lizonna doit l’essentiel de son aspect actuel à sa reconstruction partielle au XVIIe siècle. C’est à cette campagne qu’appartient la nef, simple salle rectangulaire largement éclairée par de hautes fenêtres en plein-cintre. L’élément le plus remarquable, et le plus inattendu dans ce contexte rural, est le plafond à voussure en bois peint qui couvre ce vaste espace (14,45 mètres sur 11) : un lambris constitué de plus de 320 planches en résineux, bouvetées et fixées sur les solives par de gros clous forgés à tête ronde ou carrée. S’il ne s’agit pas d’un unicum à l’échelle de la contrée – la collégiale Notre-Dame de Ribérac, toute proche, possède un lambris peint à peu près contemporain – le décor lizonnois n’en demeure pas moins « le plus généreux que connaisse le Périgord », pour citer l’historien Jean Secret

Détail précieux, la dédicace latine "à la plus grande gloire de Dieu" qui surmonte le maître-autel révèle, signe d’une fierté légitime, le nom du probable commanditaire, le curé Petit, celui du peintre, Paradol, et la date d’exécution, 1689. Sur ce praticien, les recherches du même Jean Secret ont apporté quelques lumières. Arnaud Paradol, né à Saint-Apre (à mi-distance de Saint-Paul et de Périgueux), sourd-muet de naissance, mena une carrière au rayonnement strictement local avant de s'éteindre au Treuil, lieu-dit de sa paroisse d’origine, le 9 octobre 1693 à soixante-sept ans. Le décor de Saint-Paul, entrepris en 1682 et achevé sept ans plus tard, marque donc l’apogée d’une carrière sans doute dévolue pour l’essentiel à des travaux de bien moindre envergure, dont aucune autre trace n’est, semble-t-il, parvenue jusqu’à nous.