Lascaux avant Lascaux : De l’origine d’un domaine noble à "l'invention" d’un site préhistorique majeur

Une ferme modèle au tournant du XXe siècle

La ferme et l’ancien repaire noble
La ferme et l’ancien repaire noble
Superposition des plans cadastraux ancien et actuel
Superposition des plans cadastraux ancien et actuel
Plan de la ferme avec ses différents bâtiments
Plan de la ferme avec ses différents bâtiments

Peu après le début des ravages du phylloxéra en Dordogne, le domaine passe par mariage (1882) à Aymé-Henri Darblay (1854-1899), industriel en papeterie, député et membre de la légion d’honneur. Comme d’autres membres de la noblesse et grands propriétaires terriens du Périgord, cette famille va faire face à l’infestation des vignes et tenter de trouver les solutions adéquates afin d’assurer la pérennité de ses domaines.

L’une des réponses fut de se tourner résolument vers l’avenir : en repensant en profondeur la gestion du domaine agricole, en multipliant les expériences, en diversifiant les modes de culture et d’élevage, et en modernisant les installations et les bâtiments. C’est de cette époque charnière dans l’histoire de l’agriculture en Périgord dont témoigne la ferme de Lascaux.

Située en contrebas de la maison noble et entièrement rebâtie peu avant 1900 par Henri Darblay, la ferme est à l'emplacement de l'ancienne métairie. Là encore, un simple regard sur le plan cadastral ancien et le plan actuel suffit à comprendre qu’on a rasé les bâtiments anciens pour construire a novo une ferme plus régulière.

L’exploitation a en effet été rebâtie selon le plan symétrique et hiérarchisé d’une ferme modèle. Les bâtiments sont distribués autour d'une grande cour : au sud se trouvent deux maisons jumelles mitoyennes prolongées à l'est par un fournil et à l'ouest par une grange ; une vaste grange-étable et un hangar se faisant face ferment la cour à l’est et à l’ouest.

Un certain soin a été apporté aux maisons du métayer et du fermier, qui se distinguent ainsi des dépendances agricoles situées à proximité. Bâties en appareil irrégulier pour les murs et en pierre de taille pour les angles (des chaînes harpées régulièrement), elles présentent un étage de comble percé de lucarnes interrompant l’avant-toit couvert en ardoise. Elles se distinguent également par leur rez-de-chaussée surélevé qui leur confère un supplément de dignité.

Dans le prolongement et en léger retrait des maisons jumelles ont été disposés, à l’est, un fournil (encore muni de son four à pain), avec une porcherie sur l’arrière, et, à l’ouest, une petite grange. Mais plutôt que de chercher à hiérarchiser ces bâtiments à vocations multiples, l’architecte a, au contraire, créé une composition unitaire où ces bâtiments agricoles constituent les ailes, plus basses, des maisons placées au centre.

Enfin, pour accentuer l’unité des différents bâtiments, le maître d’œuvre a décliné un répertoire de membres architecturaux et d’éléments décoratifs se retrouvant en plusieurs endroits de la ferme : corbeaux en quarts de rond, piédroits chanfreinés, planches de rive verticales.

Fermant la cour au nord, des porcheries associées à un fourneau pour l’alimentation des cochons et une petite écurie, complètent les dépendances. Malgré la rusticité de sa vocation, cette petite construction affiche une certaine recherche décorative, comme pour répondre au soin apporté aux maisons qui lui font face. Sous la couverture, une corniche constituée d’assises de briques posées à plat, sur l’angle et de chant, anime le sommet du mur de ce modeste bâtiment.

Certes, l’exemple développé ici ne fut ni isolé, ni précurseur, comme le furent les grandes fermes modèles du centre de la France. Pourtant, les qualités architecturales de la modeste exploitation de Lascaux bâtie au tournant du XXe siècle sont indéniables.