Lascaux avant Lascaux : De l’origine d’un domaine noble à "l'invention" d’un site préhistorique majeur

Un domaine en crise : les désastres du phylloxéra

L’arrachage des pieds de vigne vers 1878
L’arrachage des pieds de vigne vers 1878

1880. La date résonne en France comme le début de la grande ère républicaine de la présidence Grévy. C’est aussi le moment où un petit insecte commence à se lotir dans les vignes du Périgord. Connu depuis les années 1860, il s’attaque à la partie aérienne et au pied des vignes. En une vingtaine d’années, il contamine l’ensemble des vignobles français.

En Aquitaine, les grands domaines font face, comme en bordelais ou en bergeracois. Mais ailleurs, et tout particulièrement dans la vallée de la Vézère, c’est un véritable fléau qui s’abat sur les petites exploitations : elles périclitent ou sont contraintes d’arracher tous les plants contaminés.

Une photographie édifiante prise au début du XXe siècle montre les coteaux en arrière-plan de la ville de Montignac : c’est, à perte de vue, un paysage lunaire de collines clairsemées où la vigne a laissé la place aux seuls murets en pierre sèche qui délimitaient autrefois les parcelles.

L’écrivain périgourdin Eugène Le Roy en fait le triste constat dès 1880 dans son roman Le moulin du Frau, tout comme, plus prosaïquement, le curé de Coly en 1893 : "Un de mes prédécesseurs fit une année huit barriques de vin. J’en ai fait trois, deux, puis une demie, et enfin un quart de barrique. C’est que le phylloxéra a tout tué!". Sur la commune de Montignac, qui exportait 20 000 hectolitres sur 30 000 produits vers 1835, l’insecte a ravagé tous les ceps, ceux de Lascaux y compris.