Lascaux avant Lascaux : De l’origine d’un domaine noble à "l'invention" d’un site préhistorique majeur

L’origine d’un "repaire noble"

loupeCarte de la Guyenne par Belleyme, 1768
Carte de la Guyenne par Belleyme, 1768

De nombreux domaines ou hameaux de Dordogne et de Corrèze portent le nom de Lascaux ou d’autres noms dérivés de l’ancien occitan cous, cos, tels les "Las Coutz" des communes de Grignol et de Marsac, ou encore les "Lascaux" de Bourdeilles et de Millac-Nontron. Ce nom féminin, qui désigne un endroit pierreux, correspond parfaitement à la nature du sol de la colline de Montignac, "où  [il] y a des rochers", selon un document daté de 1667.

C’est là, dans ce lieu idéalement situé, en limite de l’étage géologique du coniacien moyen et supérieur et du talus alluvial de la rive gauche de la Vézère — suffisamment surélevé pour donner des vues larges sur la vallée, contre un rocher où s’abriter et extraire de la pierre, et en bordure des riches terres alluvionnaires propices à la culture — que fut implantée la demeure seigneuriale.

La mention la plus ancienne de Lascaux remonte à l’année 1400, moment où la ville de Montignac connaît un essor économique et architectural sans précédent.

FAITES GLISSER LE CURSEUR À DROITE ET À GAUCHE
À GAUCHE la maison noble vue du sud-ouest, état vers 1900 (Carte postale, collection particulière) © Région Aquitaine, Inventaire général – reproduction Xavier Pagazani, 2013
À DROITE, La maison noble vue du sud-ouest, état actuel © Région Aquitaine, Inventaire général – Photo Xavier Pagazani, 2015
FAITES GLISSER LE CURSEUR À DROITE ET À GAUCHE
À GAUCHE la maison noble vue du sud-ouest, état vers 1900 (Carte postale, collection particulière) © Région Aquitaine, Inventaire général – reproduction Xavier Pagazani, 2013
À DROITE, La maison noble vue du sud-ouest, état actuel © Région Aquitaine, Inventaire général – Photo Xavier Pagazani, 2015

À cette date, Bertrand de Lacoulx rend hommage à son suzerain, Louis, duc d’Orléans, comte de Périgord et châtelain de Montignac, "pour son hostel appellé de La Coux".

Il fait peu de doute que, comme d’autres membres de la noblesse montignacoise (telles les familles de Losse, d’Arnal ou de Féletz), ce seigneur possédait une résidence urbaine et le fief de Lascaux, son repaire "aux champs" qu’il faisait fructifier et dont il percevait les revenus.

Après les Lacoulx, la seigneurie passe à la famille du Cheylard (ou Chaslard) : Adémar "de Caslario" en est propriétaire en 1451, puis Antoine, mentionné en 1490 et encore en 1503.

Avant 1536, la propriété est détenue en co-seigneurie : les propriétaires en sont Antoine du Cheylard, également seigneur de la Titima, et Antoine de Reilhac, aussi seigneur de Belcayre, de Pelvezy et de Salignac, qui rendent chacun hommage pour une partie de leur maison noble au seigneur châtelain de Montignac.

Ce sont peut-être eux qui firent reconstruire la maison noble dans les années 1510-1520, comme le suggère la présence de trois écus (aujourd’hui bûchés) placés au-dessus de la porte d’entrée du logis. Passé par la suite en totalité aux de Reilhac, le domaine reste dans cette famille jusqu’au commencement du XVIIIe siècle.

De cette campagne de reconstruction subsistent les vestiges d’une fenêtre et une porte caractéristiques de ces années (munies de moulures à listel et bases prismatiques dans l’ébrasement), ainsi qu’un piédroit du portail d’entrée au manoir, flanqué d’une meurtrière "à la française".