Lascaux avant Lascaux : De l’origine d’un domaine noble à "l'invention" d’un site préhistorique majeur

Au four et au moulin

Le moulin de Gouny à Montignac
Le moulin de Gouny à Montignac
Restitution du manoir de Lascaux, état en 1667
Restitution du manoir de Lascaux, état en 1667

Sur l’étendue des deux paroisses de Saint-Pierre et de Brénac qui forment l’actuelle commune de Montignac, pas moins d’une dizaine de moulins à eau étaient en fonction avant la Révolution d’après la carte de Belleyme (1768).

À l’instar des moulins de Mouney ou du Planchat, le moulin de Lascaux (dont rien ne subsiste aujourd’hui, hormis les fondations) était le moulin banal de la seigneurie éponyme. Bien qu’il soit impossible d’en confirmer l’ancienneté (contrairement aux moulins de Gouny ou de Broussou, de fondation médiévale, comme l’attestent encore leurs caractéristiques architecturales), le moulin de Lascaux a vraisemblablement été édifié après l’implantation du manoir. Rien ne subsiste non plus du four banal de la seigneurie.    

Le moulin et le four de Lascaux sont cités dans l’aveu rendu par Jean de Reilhac au marquis de Hautefort en 1667 : il s’agit alors d’un "petit moulin à blé séparé avec son escluse" et d’un "four". Comme l’atteste la carte de Belleyme et encore le cadastre en 1813, le moulin est un édifice très modeste qui n’abritait guère plus d’une paire de meules à grain, dont la tournante était probablement mue par un arbre vertical à lanterne, lui-même entraîné par l’arbre horizontal à rouet de la roue à aubes. Le four était tout aussi modeste : un simple bâtiment rectangulaire situé à droite du chemin d’accès au domaine.

Implanté sur un maigre ruisseau alimenté par l’une des sources qui sourdent au pied de la colline, le moulin a nécessité le creusement d’un bassin de retenue. Situé directement en amont de l’édifice, il constitue certainement l'"escluse" dont parle le texte de 1667. Les aménagements hydrauliques visibles sur le cadastre de 1813 montrent un dispositif à deux biefs reliés à la retenue. Le premier, au nord, est un canal droit d’une centaine de mètres, alimenté par la source et bordé par une rangée de peupliers, le second, au sud, moins rectiligne mais d’une longueur égale, rejoint une autre retenue.

On comprend que dans les deux cas, pour moudre le blé, puis pour cuire le pain, les tenanciers de Lascaux avaient l’obligation d’aller "au four et au moulin", autrement dit de payer deux redevances au seigneur du lieu.