La commune de Campagne en Dordogne

Un paysage évoluant au fil des siècles

Vue depuis Poulverouse
Vue depuis Poulverouse
Vue de la Vézère depuis le Muscle
Vue de la Vézère depuis le Muscle
Vue depuis la Muzardie
Vue depuis la Muzardie

Le paysage de la commune de Campagne, et plus largement de la vallée de la Vézère, s’est considérablement modifié au fil du temps. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la forte présence forestière qui marque aujourd’hui le territoire est le résultat d’une évolution récente, de moins d’un siècle par endroits.

La carte de Belleyme levée en 1768 et le cadastre dressé en 1817 nous présentent un paysage bien différent. Majoritairement composé de terres cultivables et de friches, il comprend également un nombre important de vignes réparties sur tout le territoire de la commune. La pratique de la viticulture à Campagne est confirmée par les archives et les délibérations municipales, qui mentionnent la présence d’un cuvier (pièce où s’effectue la vinification et le stockage en cuve des vins) au château de Campagne et indiquent que plusieurs familles (à Cabans, à La Vergnolle, à La Redonde…) vivaient de la viticulture au XIXe siècle. Parmi d’autres exemples, on peut citer la présence de quelques foudres (tonneaux de stockage du vin) conservés à La Faravie ou une petite cabane construite en 1869 à proximité de La Redonde au cœur de terrains viticoles. Tous témoignent de la vivacité de la viticulture à Campagne. Cependant, à la fin du XIXe siècle, la crise du phylloxéra, petit insecte s’attaquant aux pieds de vigne, ravage les vignobles français et n’épargne pas ceux de Campagne. D’après les délibérations municipales, le phylloxéra semble avoir infesté les vignes de Campagne vers 1872 et causé de gros dégâts à Cabans. Néanmoins, certaines zones semblent avoir été moins touchées : une maison de La Vergnolle porte la date de 1890 gravée au-dessus d’une grappe de raisin et de feuilles de vigne, ce qui suggère une survivance de la viticulture aux alentours. Les dégâts du phylloxéra ont été terribles et ont entrainé la disparition des vignes à Campagne. Les terrains viticoles se sont pour la majorité couverts d’arbres, devenant des forêts.

À la culture de la vigne semble avoir succédé celle du tabac, introduite en Dordogne dès le XVIIIe siècle mais qui s’intensifie sous le Second Empire (1852-1871). Il est probable que la tabaculture s’est accrue et que les champs de tabac ont probablement été nombreux à la fin du XIXe siècle et au cours du XXe, changeant ainsi l’aspect du territoire. Plusieurs séchoirs sont encore conservés, notamment à La Vergnolle, à Bellot et à Cabans. Dans de nombreux greniers des cordes pendent encore des charpentes, elles servaient à accrocher les feuilles de tabac pour les faire sécher. Le développement de la culture du tabac au début du XXe siècle a même motivé la prolongation de la route menant de La Vergnolle à Lussac, pour permettre aux cultivateurs d’accéder au magasin des tabacs de Saint-Cyprien. Ces éléments reflètent le développement de la tabaculture qui a aujourd’hui en grande partie disparu, et qui ne perdure que par l’action de quelques cultivateurs encore en exercice. De manière générale, peu de terres sont encore cultivées et beaucoup ont été transformées en forêt, bien que quelques champs persistent. La baisse du nombre d’habitants, la diversification des activités et métiers et la multiplication des résidences secondaires, habitées que quelques semaines ou mois par an, ont contribué au déclin de l’agriculture.

Les pratiques d’utilisation de la Vézère ont également contribué à modifier le paysage. La fin de certains usages, comme la navigation et le transport de marchandises sur la Vézère, a radicalement changé l’aspect des berges de la rivière. Motivé par l’amélioration du réseau routier et la construction des ponts, ce changement a entrainé la destruction du port situé à faible distance du bourg et la disparition des anciens bacs de passage, remplacés par le pont liant Campagne au Bugue, construit à partir de 1841. En conséquence, les rives ont également connu des changements : le chemin de halage des marchandises qui interdisait l’existence d’arbres hauts au bord de la Vézère a disparu, laissant la place au développement d’une ripisylve (forêt se développant sur les rives d’un court d’eau) plus ou moins contrôlée.

Que ce soit sur les berges de la Vézère ou à l’intérieur des terres, le paysage de Campagne a ainsi évolué au cours des siècles, reflétant les pratiques de culture et d’habitation humaines.

Cabane en ruine à La Redonde
Cabane en ruine à La Redonde
Grappe de raisin et feuilles de vigne sculptées au-dessus d’une porte, sous la date 1890
Grappe de raisin et feuilles de vigne sculptées au-dessus d’une porte, sous la date 1890
Répartition des vignes à Campagne en 1817
Répartition des vignes à Campagne en 1817
Expansion des zones boisées autour de la Fage et la Redonde entre les années 1950 et aujourd’hui
Expansion des zones boisées autour de la Fage et la Redonde entre les années 1950 et aujourd’hui