La commune de Campagne en Dordogne

Coseigneurie et château de Campagne

Vue au sud-est du château de Campagne
Vue au sud-est du château de Campagne
Vue de l’aile est du château
Vue de l’aile est du château
Vue de l’aile est du château
Vue de l’aile est du château
Vue du château de Campagne et de ses dépendances 
Vue du château de Campagne et de ses dépendances 

Campagne présente la particularité d’avoir été une coseigneurie, partagée entre plusieurs seigneurs pendant des siècles. L’histoire de cette coseigneurie est intimement liée à celle de la paroisse.

Il semblerait que la seigneurie de Campagne existait déjà au milieu du XIIe siècle. Les premiers membres de la famille de Campagne – Folquier de Campagne, son épouse Stevena, leur fille Pétronelle et leurs fils Hélie et Elbe – sont en effet mentionnés à partir de 1160. D’autres membres sont ensuite cités dans les archives, témoignant de la permanence de cette famille et de son importance. Un certain Hélie de Campagne est ainsi nommé sénéchal de Périgord, Limousin et Quercy en 1289, tandis qu’en 1310 Eblon de Campagne est lieutenant du sénéchal de Périgord et Quercy Jean d’Arrablay. Possession de la famille de Campagne, la seigneurie est placée sous la dépendance du « castrum » de Bigaroque. Campagne relève ainsi directement de l’archevêché de Bordeaux à partir de 1214, lorsque Bigaroque est donnée à l’archevêque. La famille de Campagne semble conserver la main sur la seigneurie pendant quelques temps. Au début du XIVe siècle, quatre coseigneurs se partagent la seigneurie : Hélie Folquier, qui pourrait être un membre de la famille de Campagne, et trois frères, Eblon, Augier et Hélie de Campagne.

C’est à partir de la fin du XIVe siècle que d’autres familles mettent la main sur Campagne. Gilibert, fils et héritier d’Augier de Campagne, favorise dans son testament son beau-frère Ébrard de Camblazac, lésant ainsi son épouse Jeanne Ébrard. Cette dernière, soutenue par son père Raymond Ébrard, réclame des compensations et la famille Ébrard finit par obtenir la propriété d’une partie du château, notamment une grande tour qui appartenait à Gilibert de Campagne de son vivant. Ébrard de Camblazac et Raymond Ébrard se retrouvent maîtres de Campagne et il n’est plus fait mention de la famille de Campagne par la suite.

Le conflit franco-anglais de la guerre de Cent ans affecte fortement Campagne, ses deux seigneurs s’opposant : Ébrard de Camblazac prend le parti anglais tandis que Jeanne Ébrard, qui a succédé à son père Raymond, prête allégeance au roi de France. Ébrard de Camblazac sert Jean de Beaufort, le seigneur de Limeuil, qui livre Campagne à Arnaud de Mussidan, partisan des Anglais. La coseigneurie est ensuite reprise par les Français menés par le seigneur de Bourdeille. À partir de 1427, le château est occupé par une bande de routiers anglais qui pillent la vallée de la Vézère. Les Français parviennent à reprendre Campagne en 1432 et rasent le château de peur que les Anglais ne le reprennent.

La coseigneurie de Campagne revient ensuite en 1435 entre les mains de deux familles, les de Camblazac rétablis à Campagne par le seigneur de Limeuil, et les de Bonald qui achètent une part de la seigneurie. Les deux familles passent un contrat d’association et s’attèlent à remettre en état Campagne, en louant les terres. En 1464, Arnauld de Camblazac vend ses terres, qui passent successivement entre les mains de Charles de Talleyrand et Brandelis de Caumont et sont finalement achetées par Adhémar de La Borie en 1467. Cette transaction restaure une coseigneurie forte de deux familles liées par le mariage, Adhémar de La Borie ayant épousé Jeanne de Bonald, fille de Jean de Bonald, l’autre coseigneur de Campagne. Le château, détruit en 1432, ne semble pas avoir été reconstruit immédiatement. Les travaux de reconstruction ont été entrepris à la toute fin du XVe siècle, du moins en ce qui concerne le corps de logis sud-ouest du château, érigé par Bernard Ier La Borie, lieutenant-général du duché et sénéchaussée d’Aquitaine et coseigneur de Campagne, entre 1480 et 1485. Le terrier de la famille La Borie, commencé à partir de 1504/1507, précise en effet qu’à ce moment le château comprend « deux salles » (soit deux corps de logis) et une « tour détruite » (celle de Gilibert de Campagne), avec des jardins, un clos et les fossés. 

Du début du XVIIe siècle au milieu du XVIIIe, la coseigneurie de Campagne est divisée en trois et répartie entre les familles La Barthe, La Borie et Calvimont de Chabans. Cette division est inégale, les La Barthe sont les propriétaires majoritaires avec la moitié de la seigneurie, tandis que les deux autres familles ont des parts plus réduites, 34 % pour les La Borie et 16 % pour les Calvimont de Chabans. Les trois familles se partagent également le château. Le logis nord appartient à la famille La Barthe, tandis que la famille La Borie occupe le logis sud-ouest et la famille Calvimont de Chabans le logis sud-est.

Ce n’est qu’en 1756 que Campagne est unifiée, grâce à l’achat de l’ensemble des droits, revenus et propriétés par David de la Borie et son fils Géraud. La terre de Campagne est alors érigée en marquisat. Si la Révolution française fait perdre leurs privilèges aux La Borie de Campagne, ils conservent la propriété de leurs terres. Le cadastre de 1817 permet d’appréhender l’étendue de leurs possessions.

De grands travaux sont entrepris au château de Campagne à partir de 1860 par Raoul de La Borie. C’est ce dernier qui donne au château son aspect actuel, inspiré de l’esthétique néogothique en vogue au XIXe siècle. Les travaux ont été menés par l’architecte bordelais Alphonse Blaquière. Raoul de La Borie semble s’être particulièrement impliqué dans le projet, en fournissant plusieurs croquis de sa main, notamment un inspiré de la façade d’un palais vénitien, la Ca’ d’Oro, qui semble avoir servi de modèle pour la façade sur cour. Il s’emploie également à mettre au goût du jour le jardin, en s’inspirant des jardins paysagers dit « à l’anglaise ». Il fait ainsi venir de nombreuses essences d’arbres exotiques, selon la mode de l’époque, agrandit le parc, fait construire la serpentine (rivière artificielle) et aménage plusieurs points de vue sur le château. Les plans sont fournis en 1862 par Jean-Jacques Rousseau et fils, pépiniéristes à Bordeaux. Les douves et fossés sont également refaits à cette époque. Raoul de Campagne envisage un temps de faire construire une nouvelle église paroissiale pour récupérer l’ancienne et l’intégrer en partie comme fabrique (construction ornementale) dans son parc.

Cinq siècles après l’achat par Adhémar de La Borie d’une part de la seigneurie de Campagne, Gérald de La Borie, marquis de Campagne, fait don à l’Etat du domaine du château de Campagne le 14 février 1970. La propriété est ensuite transférée au département de la Dordogne en 2007. Inscrit au titre des monuments historiques en 2001, le château a ensuite fait l’objet de travaux de restauration en 2002 et en 2011. Ses dépendances ont également été réaménagées en 2009 en pôle mixte de recherche archéologique, rassemblant différents acteurs de la recherche archéologique régionale. Le domaine est aujourd’hui ouvert au public et le château présente régulièrement des expositions dans ses espaces.

Possessions de la famille de La Borie de Campagne en 1817