Lumière sur les verrières en Aquitaine (XIIIe - XVIIe s.)

Quelques aspects du métier de peintre-verrier

Bayonne (64), cathédrale Notre-Dame, chapelle Saint-Jérôme : vitrail dit de la Cananéenne, 1531.
Bayonne (64), cathédrale Notre-Dame, chapelle Saint-Jérôme : vitrail dit de la Cananéenne, 1531.
Abitain (64), église paroissiale Saint-Pierre : Les cinq plaies du Christ, avant 1605.
Abitain (64), église paroissiale Saint-Pierre : Les cinq plaies du Christ, avant 1605.

Dans l’état actuel de nos recherches, seule une dizaine de noms de peintres-verriers exerçant dans la région nous est connue grâce aux documents d’archives (il s’agit essentiellement de documents conservés aux Archives départementales et municipales). Ceux-ci nous renseignent à la fois sur les pratiques d’atelier, les biens des artistes, les commandes, les délais et les prix. D’autres pièces permettent d’aborder des questions plus délicates autour de la mobilité des hommes et des œuvres, à cette période où le métier évolue dans ses techniques et dans sa pratique.  

La pratique d’un métier

Les documents d’archives montrent que les peintres-verriers pratiquent aussi bien la création de vitraux que la restauration d’œuvres plus anciennes, comme en témoigne cet arrêt du Parlement de Bordeaux daté de 1532. Celui-ci stipule que Jean Paperoche, qui par ailleurs obtient des commandes pour vitrer des édifices bordelais comme l’église Saint-Siméon ou le couvent des Augustins, reçut la somme promise pour les réparations effectuées aux baies du palais de l’Ombrière (Ernest Gaullieur, « Notes sur quelques artistes ou artisans bordelais oubliés ou peu connus », Bulletin de la Société archéologique de Bordeaux, tome IV, 1877, p. 72).
Un des artistes sur lequel nous possédons le plus de renseignements et qui est cité dans un contrat très détaillé est Jehan de La Saulsaye (Paul Roudié, « Activité artistique à Bordeaux, en Bordelais et en Bazadais » ; Paul Roudié, « Peintres et verriers de Bordeaux à la fin du XVe et au début du XVIe siècle », Bulletin et mémoires de la Société archéologique de Bordeaux, tome LIX, 1954-1956, Bordeaux, 1958, p. 122-132). La vie de ce peintre-verrier résidant à Bordeaux nous est connue par une série de documents s’échelonnant de 1506 à 1518. Au mois d’août 1510, il fut engagé par la fabrique de la cathédrale Saint-André de Bordeaux (33) afin de garnir la rose nord d’anges portant les Instruments de la Passion du Christ. Ce contrat se déroula en trois temps : la dépose des panneaux anciens s’effectue sur trois jours à partir du 8 juin 1510, on apprend que pour cette tâche le maître s’est adjoint les services d’un aide ; le 8 août, il s’engage à réaliser les panneaux dans un délai de trois mois ; le 8 novembre de la même année, les fabriciens réceptionnent les vitraux.
Certains praticiens, installés dans des ateliers urbains, se déplacent pour honorer des commandes. C’est le cas de Jean Lescamp, « beyrinier à la paroisse Saint-Projet à Bordeaux » qui en 1476 réalisa des panneaux pour « l’église de Saint-Emilion » (idem ; Jean-Auguste Brutails, Les vieilles églises de la Gironde, p. 102). Il n’y a pas que les maîtres qui pratiquent l’itinérance, on constate également que les aspirants peintres-verriers n’hésitent pas à faire leur apprentissage hors des limites de leur diocèse d’origine.

Le voyage des hommes et des œuvres

Nous savons qu’en mars 1515, le peintre-verrier Micheau de Rabart prend dans son atelier bordelais deux nouveaux apprentis dont le premier était originaire du diocèse d’Agen et le second du diocèse de Luçon. Les déplacements des hommes allaient aussi de pair avec ceux des œuvres et de leurs modèles. C’est ainsi qu’une des plus belles verrières d’Aquitaine, dite la Cananéenne, dans la chapelle Saint-Jérôme de la cathédrale de Bayonne (64), fut réalisée d’après le carton de Jean Chastellain, peintre de la Renaissance évoluant dans le milieu parisien (Voir l’ouvrage de Guy-Michel Leproux, « La peinture à Paris sous le règne de François Ier », Corpus Vitrearum, France, volume d’Etude IV, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2001), et vraisemblablement exécutée à Paris puis transportée jusqu’à Bayonne (concernant ce vitrail, se reporter à l’article de Jean Lafond, « La Cananéenne de la cathédrale de Bayonne et le vitrail parisien aux alentours de 1530 », Revue de l’Art, n° 10, 1970, p. 77-83).
Le nom de certains peintres laisse présager que les voyages des artistes dépassaient les frontières des diocèses français, ainsi Henri de Liège, domicilié à Oloron-Sainte-Marie, est chargé en 1531 de la réalisation des vitraux de l’église Saint-Vincent de Salies, travail pour lequel il est accompagné par Charles de Bruxelles. Enfin, plus rarement, les œuvres « voyagent », même encore il y a peu, comme nous le prouve le petit panneau d’origine suisse-allemande installé dans une des baies de l’église d’Abitain (64).