Lumière sur les verrières en Aquitaine (XIIIe - XVIIe s.)

Aperçu de la production régionale

Bordeaux (33), église Saint-Michel, baies hautes du chœur : saint Pierre et un donateur, début du XVIe siècle.
Bordeaux (33), église Saint-Michel, baies hautes du chœur : saint Pierre et un donateur, début du XVIe siècle.
Bordeaux (33), église Saint-Seurin : figure d’évêque, détail d’un angelot, XVIe, XIXe et XXe siècles (collection particulière).
Bordeaux (33), église Saint-Seurin : figure d’évêque, détail d’un angelot, XVIe, XIXe et XXe siècles (collection particulière).

Le corpus aquitain, bien que parcellaire, est composé de vitraux civils et religieux, mais dans des proportions différentes. Comme dans la majeure partie des régions françaises (les huit volumes de recensement des vitraux anciens de la France du Corpus Vitrearum montrent que les vitraux religieux constituent la très grande majorité du corpus conservé), les vitraux religieux constituent l’essentiel des œuvres et les verrières hagiographiques y tiennent une place de choix. Dans celles-ci, les saints sont représentés dans leur rôle d’intercesseurs privilégiés pour les fidèles et se tiennent aux côtés d’un donateur. Les baies hautes du chœur de Saint-Michel de Bordeaux accueillent une représentation de l’apôtre Pierre accompagnant un chrétien en prière. Le choix de l’identité du martyr est souvent motivé par la dévotion particulière du donateur mais elle peut aussi rappeler le patronage de l’église, comme en témoigne ce saint André installé dans la cathédrale bordelaise du même nom. Remonté dans le bras nord du transept, le vitrail montre le saint tenant la croix en X qui a servi à son martyre. Dans un même état d’esprit, la baie centrale du triplet de l’église paroissiale Saint-Pierre de La Sauve (33) est occupée par la figure de saint Pierre accompagné d’un angelot tenant un cartouche daté 1534.

D’un autre côté, la production de vitraux civils n’était pas absente dans la région, comme en témoigne le contrat de 1519 où Robert Paperoche promet de poser dans la maison de Jean Pichon, domicilié à Bordeaux, des « vitres et verrines (…) avec images et rondeaux [rondels] » comme celles installées chez un certain François Le Sueur (Roudié, Paul, « Peintre et verriers de Bordeaux à la fin du XVe et au début du XVIe siècle », Bulletin de la S.A.B., 1958, p. 122-132). Cette production, qui est plus sensible aux phénomènes de modes, est aussi celle qui a le plus souffert des destructions. En effet, seuls deux petits écus armoriés, aux armes de la ville de Bordeaux et d’Angleterre, pourraient témoigner de ce pan de la production. Initialement installés dans la basilique Saint-Seurin de Bordeaux avant d’appartenir au Musée d’Aquitaine, ils sont les vestiges uniques de la pratique du vitrail à cette époque où l’histoire de Bordeaux était liée à celle de l’Angleterre. Ils sont également les rares témoins de la présence de sujets à caractère civil en Aquitaine, avec le vitrail du château de Pau (64) représentant Henri IV.

 La diversité iconographique n’est pas le seul élément notable de ce corpus. En effet, une autre de ses caractéristiques est la variété des techniques employées dans la mise en œuvre des vitraux. Concernant le verre, sa coloration et son traitement, on constate une palette assez étendue, tout à fait conforme à ce qui est pratiqué dans les autres régions à la même période. On utilise des rondels comme à Camarsac (33), de même, certains verres plaqués sont parfois gravés à l’acide ou au rouet (blason du vitrail de la chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle à Saint-Michel de Bordeaux). D’autres bénéficient d’un traitement plus délicat, comme le verre vénitien, présent dans la cathédrale de Bayonne ou encore le verre aspergé du vitrail illustrant la lutte de l’archange saint Michel avec le démon de la basilique Saint-Michel à Bordeaux. Le verrier a employé du verre aspergé (il s’agit d’un verre incolore parsemé de taches colorées) associé à un verre bleu rehaussé de jaune d’argent, afin que le contraste des verres marque l’opposition entre les deux combattants. Les effets picturaux sont également privilégiés dans le panneau de l’évêque en provenance de Saint-Seurin de Bordeaux. Le prélat, mitré, est encadré par deux angelots dont la silhouette potelée présente une anatomie aux proportions respectées, traitée avec une grande minutie. Le verre plaqué rouge de la chape enrichi de jaune d’argent, l’emploi de la sanguine dans la chevelure des anges, les étoffes damassées, tout témoigne de la maîtrise du peintre.