Lumière sur les verrières en Aquitaine (XIIIe - XVIIe s.)

A l'origine du vitrail...

Bordeaux (33), cathédrale Saint-André : rose du transept nord, détail, 1510.
Bordeaux (33), cathédrale Saint-André : rose du transept nord, détail, 1510.
Bordeaux (33), cathédrale Saint-André : rose du transept nord, détail, 1510.
Bordeaux (33), cathédrale Saint-André : rose du transept nord, détail, 1510.
Bordeaux (33), cathédrale Saint-André : rose du transept nord, détail, 1510.
Bordeaux (33), cathédrale Saint-André : rose du transept nord, détail, 1510.

Passer commande d’un vitrail, c’est avant tout fixer dans les termes d’un contrat les souhaits d’un commanditaire et les impératifs techniques et esthétiques du peintre-verrier. Il existe des documents d’archives nous permettant d’appréhender les enjeux de la collaboration et de mieux comprendre les attributions de chacun. Quand en 1531, le peintre-verrier Henri de Liège réalise des vitraux  pour l’église Saint-Vincent de Salies (64), il a pour ordre de se baser sur les indications de Jean de La Sale, curé de la paroisse, et de maître Bernard de Lardas, notable et habitant de Salies (Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, E 2106, f°3). Au contraire, d’autres contrats montrent la liberté accordée au peintre à partir d’un thème imposé. C’est ce que l’on constate dans celui établi en 1510 entre Jehan de La Saulsaye, peintre-verrier de la paroisse Saint-Projet à Bordeaux et la fabrique de la cathédrale Saint-André de Bordeaux. Ce contrat stipule que le maître s’engage à réaliser dans un délai de trois mois des panneaux de vitrail représentant des anges portant les Arma Christi, pour garnir la rose du portail septentrional de l’édifice, et il n’est fait mention d’aucune recommandation ni de modèles. Ce contrat est d’autant plus précieux qu’on peut le confronter à l’œuvre qui est toujours en place. Cette verrière, quoique très remaniée par des restaurations successives (voir Didier Alliou, « Étude de la verrière de la grande rose nord de la cathédrale Saint-André de Bordeaux », dossier D.R.A.C. Aquitaine, mars 1996), conserve encore des pièces de la main du peintre.
Nous venons de voir que l’analyse des vitraux est rendue plus aisée par l’étude des contrats. Mais ces derniers sont très rares, il est donc nécessaire de chercher d’autres éléments susceptibles de fournir des renseignements sur l’identité des mécènes. Il arrive fréquemment que le commanditaire de l’œuvre ne souhaite pas rester dans l’anonymat et qu’il se joigne aux protagonistes de la verrière. Cette pratique n’est pas uniquement motivée par une piété sincère, elle est aussi le moyen d’exposer la richesse et la réussite d’une famille. Pour s’assurer de la pérennité de leur démarche, les portraits des commanditaires sont souvent accompagnés de leurs armoiries. C’est le cas pour des panneaux de l’église Sainte-Catherine de Villeneuve-sur-Lot (47), où les figures de certains donateurs, assistés d’un saint, sont flanquées de leurs armoiries. Dans certains cas, il arrive que le portrait du donateur s’éloigne des représentations stéréotypées habituelles et propose une image empreinte de vérité. L’exemple le plus saisissant de cette pratique se rencontre dans la chapelle Saint-Jérôme de la cathédrale de Bayonne (64), au bas du vitrail de la Cananéenne.
Dans ces compositions, le blason peut également se concevoir seul, comme le montrent les trois écus présents sur la magnifique Crucifixion de l’église paroissiale de Castelnau-de-Médoc (33). Ce vitrail, vraisemblablement financé par l’évêque de Bordeaux Jean de Foix dans les premières années du XVIe siècle, est complété au bas des lancettes par trois blasons. L’un d’entre eux appartient à la famille de Foix, les deux autres célèbrent les alliances contractées par la famille avec d’autres lignées prestigieuses. De la même manière, le vitrail de la chapelle des de Mons dans la basilique Saint-Michel de Bordeaux présente les armoiries familiales encadrées par des anges jouant de l’orgue portatif, installées à la jonction entre les lancettes de la fenêtre et les soufflets du remplage. Ces mêmes armoiries sont également sculptées sur une des clefs de voûte de la chapelle.