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Bâtir pour le vin en Aquitaine : l'exposition

Plus tardif que dans d’autres régions (Alsace, Bourgogne, Languedoc), l’essor du mouvement coopératif se fonde et se développe d’abord en Bordelais et Bergeracois en réponse à la crise économique des années 1930. Entre 1932 et 1939, trente-huit caves, qualifiées de « filles de la misère », sont ainsi créées en Gironde.




La coopérative :
un modèle et une chance pour les autres vignobles aquitains

La création des caves permet à nombre de vignerons de traverser les périodes difficiles et d’assurer le maintien des exploitations. Dès l’origine, les zones les plus favorables à leur établissement correspondent aux aires de production de vins de consommation courante et de petite propriété (Entre-deux-Mers, Blayais), ou à celles regroupant quelques producteurs cherchant à exister face aux grands « châteaux » (Médoc). Dans le sillage de la Gironde, plusieurs caves voient le jour en Bergeracois (Sigoulès en 1938).

Si l’après-guerre se révèle propice à l’apparition d’une seconde génération de caves en Gironde (Gaillan, Anglade), c’est surtout dans le reste de l’Aquitaine que le mouvement coopératif trouve un terreau favorable. En Béarn, après les débuts laborieux de la cave de Diusse en Vic-Bilh, c’est à Bellocq, dès 1944, puis à Gan avec les producteurs de Jurançon en 1950 ou de Madiran à Crouseilles qu’un nouvel élan est trouvé. Ces créations se révèlent le meilleur garant de la promotion d’appellations récentes, tandis qu’à Irouléguy, la naissance de la cave favorise la réimplantation de la vigne au Pays basque. Au milieu des années 1950, le Lot-et-Garonne connaît aussi son expansion coopérative, à Buzet en 1955 ou à Cocumont en 1957. Au début des années 1960, les Landes s’engagent dans l’aventure, mais le succès ne vient qu’avec le regroupement des coopérateurs au sein de la Cave des vignerons landais à Geaune.

Partout, ces créations accompagnent la requalification d’un vignoble de qualité. Les obligations liées aux appellations, la concurrence, de nouvelles exigences des consommateurs et les crises de surproduction incitent les coopérateurs à investir (appel à des oenologues, matériel, vente directe).

L’essor de l’oenotourisme impose également de valoriser son territoire. Des réalisations récentes (Domme en Périgord) contribuent ainsi au développement local.

Consultez une vidéo sur le remembrement du vignoble de Buzet (5 mars 1970 / © INA)

Une architecture adaptée à des besoins fonctionnels

Dans les années 1930, le contexte de crise ne favorise guère l’ambition architecturale. Certaines caves se constituent à partir de bâtiments préexistants (Plassac, Gauriac), quand d’autres sont édifiées à moindres frais.

Les bâtiments empruntent d’abord à l’organisation fonctionnelle des chais du grand domaine dans la répartition des espaces entre réception de la vendange, vinification et stockage. L’établissement reçoit le raisin des coopérateurs et doit permettre de quantifier les apports de chacun. D’où le soin apporté à la rationalité des accès, des quais et des zones de pesage. Toutefois, ce sont les cuves, en béton, en acier ou en inox, disposées en batteries, qui forment la composante essentielle du programme. Salles des machines, laboratoires, bureaux, local de réunions et logements viennent compléter l’ensemble bâti.

À l’instar des exemples pionniers languedociens, les solutions mises en oeuvre en Aquitaine s’organisent selon quelques types, superposant ou juxtaposant les cuves, les disposant sous d’amples vaisseaux, voire selon un plan semi-circulaire (Rauzan).

Des constructions en quête d'esthétisme

Limitées par des contraintes financières et des impératifs techniques, soumises au contrôle du Génie rural, les solutions adoptées par les « ingénieurs-conseils » ne versent que rarement dans l’innovation architecturale – même si certaines caves peuvent se targuer d’avoir servi de modèle (Saint-Gervais ou Espiet). D’autant que seuls quelques architectes se partagent le marché : Walter Gachet (Lansac, Landerrouat, Cocumont), Louis Feuillade (Sainte-Radegonde, Saint-Yzans-de-Médoc), Cazalis et Lacroix (Saint-Gervais, Ordonnac).

Bâtiments de type industriel, les caves proposent généralement de vastes vaisseaux voûtés de béton armé ou coiffés de charpentes métalliques. Quant aux façades, elles adoptent fréquemment la formule du pignon à redents.

Les besoins fonctionnels de vinification, de stockage et de gestion dictent l’apparence. Toutefois, si les nécessités engendrent des ressemblances, le geste architectural n’est pas absent de ces « cathédrales de la ruralité » : auvent en béton à Saint-Vivien, motifs romans à Sainte-Radegonde, fronton à Saint-Gervais... Au fur et à mesure que le contrôle du Génie rural se fait moindre, les architectes, cherchant à transcender le programme, font parfois oeuvre convaincante (Buzet).



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