Publié le lundi 6 novembre 2017 dans Valorisation du patrimoine

Les plaques funéraires des soldats creusois de la Première Guerre mondiale

Depuis la fin de l’année 2016, le Conseil départemental de la Creuse, au travers de sa Conservation du Patrimoine, se lance dans une étude inédite sur les plaques commémoratives des soldats tombés lors de la Première Guerre mondiale dans l’ensemble des cimetières creusois. Ce méticuleux travail de terrain et de recherche devrait se finaliser par une publication et une exposition itinérante à la fin de l’année 2018.

Ce projet d’étude d’Inventaire, qui a débuté fin 2016 et devrait s’achever au cours de l’hiver 2017, s’intéresse aux plaques funéraires des soldats creusois de la Première Guerre mondiale. Spécificité limousine, les plaques en porcelaine sont particulièrement nombreuses dans les cimetières creusois et constituent le point de départ de ce travail. La Grande Guerre a été pour la Creuse une véritable hécatombe avec 10 941 morts (soit environ 20% des mobilisés). Ce fut l’un des départements français les plus touchés avec une perte de près de 4,7% de sa population. Le conflit a laissé une empreinte profonde dans les consciences. Ainsi, outre le mouvement d’édification des monuments aux morts dans toutes les communes de Creuse, de nombreuses familles ont fait réaliser des plaques à la mémoire de leurs proches apposées sur les caveaux familiaux.

Objectifs de l’étude

L’étude, menée par les agents de la Conservation du patrimoine du Conseil départemental de la Creuse, Pierre PINAUD et Eglantine PACQUOT, se donne pour objectif de couvrir l’ensemble des 300 cimetières creusois. Elle pourra donner lieu à diverses actions de valorisation et de médiation (publication et exposition notamment).

Le travail de terrain effectué jusqu’ici (environ 2/3 des cimetières) a permis de faire apparaître une très grande diversité de plaques en porcelaine au niveau de :

- la forme : ronde, rectangulaire, ovale, cœur…

- l’ornementation : photos de soldats, fleurs, médailles, drapeaux...

- des inscriptions : « Héros de la Patrie », « Victime de la guerre », « Mort pour la France », « Tombé au champ d’honneur », « Cher disparu ne pouvant t’avoir près de nous tu dors là-bas dans les immenses et lointains champs de bataille », parcours scolaires, parcours militaires…

- des signatures : P. Janot Limoges, M. Depitout Limoges…

- des photos : souvent de très grande qualité et parfois signées (De Nussac, Portraimail…), photo en buste ou en pied, soldat en uniforme ou en civil...

L’étude de terrain a également fait apparaître des plaques en fonte émaillée et en marbre, parfois très modestes mais dissimulant pour certaines des parcours militaires extraordinaires comme la plaque en marbre de Félix Baudy, fusillé pour l’exemple à Flirey ou la plaque en marbre du comte Octave de Barral qui a tenu à aller au front en tant que simple soldat alors que son rang lui permettait d’intégrer les services auxiliaires. D’autres mettent en lumière des évènements particuliers comme la catastrophe ferroviaire de Modane dans la nuit du 12 au 13 décembre 1917 (déraillement d’un train de permissionnaires revenant du front italien) qui a fait 435 morts et qui reste aujourd’hui le plus grave accident ferroviaire survenu en France ou encore la célébration de l’Armistice sur les Champs-Elysées (photo apposée sur une plaque en fonte émaillée).

La diversité des découvertes a permis de redéfinir l’étude et d’inclure dans l’inventaire toutes les plaques funéraires, quel que soit leur matériau, ainsi que tous les objets présents sur les tombes en lien avec les soldats (médailles militaires et photos posées sur les tombes, douilles d’obus utilisées comme vases funéraires, croix funéraires en bois….).

Certains éléments remarquables sont à signaler :

- un vitrail funéraire signé du maître verrier Francis Chigot, né à Limoges

- des croix funéraires en bois avec cocardes tricolores métalliques, ramenées des cimetières du front par les familles avec les dépouilles de soldats, vraisemblablement de manière illégale, le rapatriement des dépouilles de soldats étant interdit jusqu’en 1921.

Les résultats de cette étude ne font pas l’objet de dossiers numériques dans l’outil Gertrude mais sont intégrés dans un tableau d’inventaire créé pour l’occasion et complété au fur et à mesure de l’avancement des recherches. Ce tableau est enrichi d’informations sur les défunts grâce aux données du site du ministère de la défense « Mémoire des hommes » regroupant les fiches de décès des soldats morts durant le conflit. A ce jour, l’étude recense les plaques funéraires de plus de 1500 soldats creusois. A long terme, il est envisagé de la compléter avec les noms figurant sur les monuments aux morts ainsi qu’avec les données qui pourront être recueillies aux archives départementales.