Publié le mardi 10 avril 2018 dans Valorisation du patrimoine

Le Moulin du Got à Saint Léonard de Noblat (87)

Soutenue par la Région Nouvelle-Aquitaine au titre de sa politique de valorisation du patrimoine, l'association "Le Moulin du Got", à Saint Léonard de Noblat nous fait découvrir l’activité papetière à travers expositions et animations. Martine Tandeau de Marsac, membre fondateur de l’association, nous raconte les étapes du développement de ce projet au cours des 20 dernières années…

Un ancien moulin à papier presqu’en ruine à Saint-Léonard-de-Noblat (87), avec son trésor de machines du XIXe siècle, est sauvé grâce à un groupe de passionnés de l’histoire et de l’industrie du papier en limousin, fondateur de l’association « Le Moulin du Got » en 1997, et à la municipalité de Saint-Léonard attachée à la sauvegarde de son patrimoine. Cette dernière devient propriétaire du site en 1998, année où l’UNESCO labellise la collégiale Patrimoine Mondial, au titre des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France ! Tous décident la réhabilitation de ce moulin pour en faire un lieu patrimonial exemplaire et vivant pour parler de 500 ans d’activités papetières limousines. Europe (programme Raphaël…) Etat, Région, Département, Pays Monts et Barrages, Commune, Fondation du Patrimoine, association et entreprises mécènes apportent les financements d’investissements.

Grâce aux efforts de tous, en avril 2003, le Moulin du Got est ouvert au public ! Anciens papetiers et imprimeurs forment les jeunes salariés à tous les savoir-faire du papier et des arts graphiques pour qu’ils puissent à leur tour faire marcher les ateliers et transmettre à d’autres ces savoirs de qualité, en voie de disparition.

L’activité papetière a repris avec les trois machines du XIXe siècle rénovées : les meuletons, la pile à cylindre et la machine à papier. Une nouvelle roue à augets, en chêne, est réalisée par les artisans de l’AFPA de Babylone à Limoges. Un projet d’aménagement de turbine et pompe à chaleur est à l’étude pour apporter une autonomie énergétique au Moulin.

Il n’est plus question de faire 4000 feuilles/jour avec un seul papetier ! Créations et diversité sont au rendez-vous : papiers de « chiffon », fait-main, à la forme, à partir de pâtes de coton ou/et de chanvre-lin, en dimensions actuelles : A2 (presque l’équivalent de l’ancien papier raisin), A3, A4 et A5 ; papiers à écrire, papiers pour imprimante « jet d’encre », à inclusion de chanvre, avec ou sans filigrane, papier pour l’aquarelle en 300 gr/m2, papier pastel, papier « poireau » ou « asperge » et, papier « blue jean », à partir de jeans recyclés.

La vieille machine a repris du service pour fabriquer du papier-carton à l’enrouleuse avec de la pâte coton, chanvre-lin ou les deux. Ce carton, non teint, sert pour la lithographie, le dessin ou le gaufrage d’art et aussi, à créer un papier unique, fait d’une multitude de plis semblables aux « smocks » des robes de petites filles, d’où son nom de papier « Smock ». Il est utilisé pour faire des abat-jours, des couvertures de cahiers et carnets ou des objets de décoration qui s’inventent chaque jour. La production annuelle est de l’ordre de 1,5 à 1,8 tonne.

La création de l’atelier d’imprimerie était dans la logique du projet initial : aller de la feuille au livre. L’ancien appartement des papetiers est devenu le domaine des typographes (composition froide avec les caractères mobiles, ou chaude avec la linotype) et des imprimeurs qui utilisent des presses couvrant le XIXe et le XXe siècle, en s’arrêtant comme pour la papeterie aux transformations des années 60-80. Le visiteur découvre alors une presse Stanhope en fonte (vers 1800), une Minerve, une Heidelberg, des presses à graver, pour gaufrage d’art ou lithographie. Sur le papier du Moulin, on imprime tous travaux de ville, des revues poétiques comme Friche…Les artistes-créateurs viennent réaliser leurs œuvres. Tous apprécient le matériel mis à leur disposition et l’accueil chaleureux des bénévoles et des salariés du Moulin.

La municipalité de Saint-Léonard poursuit régulièrement les aménagements : parking, chemin piétonnier et passerelle pour arriver au moulin en toute sécurité, et construction de l’atelier pédagogique qui a remplacé l’ancienne grange-atelier pour la plus grande joie des centaines d’enfants qui viennent chaque année découvrir le monde du papier et de l’impression. Pour cette réalisation et la qualité de la restauration de l’ensemble, elle a reçu en 2009 le 1er prix national des Rubans du Patrimoine dans sa catégorie. En projet, l’aménagement de sécurité le long de la route et parking des cars…

Dans l’ancien séchoir qui couvre tout le bâtiment, on fait sécher à l’air tout le papier fabriqué au Moulin. Suspendues aux cordages ou mises à plat sur le plancher (papier smock), les feuilles sèchent pendant 2 à 3 jours. L’espace central du séchoir est réservé à l’exposition annuelle. En 2018, l’exposition « Voyage de papier au pays des contes » est un véritable tour du monde enchanteur en compagnie d’une dizaine d’artistes et de leurs créations originales sur le thème des contes des cinq continents.

Une scénographie surprenante conçue par les élèves de BTS design d’espace du Lycée R. Loewy de La Souterraine (23), et réalisée par les salariés et les bénévoles du Moulin du Got plonge les visiteurs dans l’univers féerique du conte : une maison d’ogre aux meubles démesurés, une forêt, lieu emblématique des contes d’Europe, un château aux multiples tours… une cinquantaine de sculptures, dessins, découpages, peintures, pop-up… illustrent les récits d’un patrimoine universel, plongent petits et grands dans un univers familier et les font voyager vers d’autres cultures. Accompagnant les célèbres illustrations d’Anne Romby, les artistes proposent leurs interprétations des récits connus à travers le monde. Tous par leur travail et techniques différentes montrent les possibilités illimitées de création en papier. A partir de ce thème du conte, les animateurs proposent de nouvelles activités pédagogiques adaptées à chaque niveau de classe de la maternelle au BTS, et de nombreux ateliers pour enfants (vacances scolaires) et adultes.

Le Moulin du Got possédait un patrimoine de grande valeur, historique et technique, mais ces deux références au passé ne suffisaient pas à rendre sa restauration exemplaire. Il fallait aussi l’inscrire dans une dynamique plus large de développement touristique et économique ; faire en sorte que ses activités artisanales permettent aux activités culturelles de vivre. L’association « Le Moulin du Got »gestionnaire, grâce au travail de ses six salariés et de nombreux bénévoles, a presque atteint cet objectif en dégageant 80 % d’autofinancement. Le soutien de la municipalité qui poursuit ses investissements et participe à l’entretien général du site est indispensable comme les aides de la Région pour la programmation culturelle. Le Moulin du Got compte toujours sur les entreprises mécènes et sur les fonds LEADER promis…Mais l’équilibre est une conquête de chaque instant !

Avec 16000 visiteurs en 2017, l’association du Moulin du Got et la Commune de Saint-Léonard ont réussi leur pari initial : faire revivre le vieux moulin. Ils espèrent que le Moulin du Got restera encore longtemps un lieu vivant de l’excellence limousine.

Martine Tandeau de Marsac, historienne et membre fondateur de l’association Le Moulin du Got.

Découvrir le site de l'association Moulin du Got.