Publié le mardi 30 octobre 2018 dans

La Quintaine de Saint-Léonard-de-Noblat

La fête de la Quintaine perpétue une tradition très ancienne qui honore saint Léonard, le fondateur de la cité de Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne) et patron des prisonniers. Elle a lieu traditionnellement, en novembre, le dimanche qui suit la fête de saint Léonard.

La Quintaine et ses origines

L’origine de ce terme provient du latin Quintania Via : cinquième voie. Dès l’époque romaine, dans les camps militaires, les légionnaires s’exercent à pied au combat contre un poteau, planté dans la cinquième rue, qu’ils attaquent comme un adversaire réel. La Quintaine, à l’origine le nom de la voie, a désigné ensuite le poteau lui-même ou le mannequin à détruire, puis le combat contre celui-ci.  Au Moyen âge la Quintaine est une obligation féodale pour le divertissement du seigneur, le jeu s’exerce à cheval uniquement par des chevaliers. D’autres Quintaine se déroulent à pied ou bien sur l’eau. A partir du 17ème siècle apparaissent quelques variantes : la joute de l’anneau et la course à la bague. En Toscane, à Arezzo, il existe aujourd’hui une joute équestre similaire qui porte le nom de Giostra della Quintana ou joute du Sarrasin. Si le jeu de simulation de la Quintaine perdure à travers les siècles, et revêt diverses formes selon les lieux où il se pratique, son objectif reste le même : détruire un ennemi, ou toute autre manifestation néfaste, représentés de manière concrète et symbolique par un mannequin ou un autre objet significatif. Un dessin de l’atelier Daniel Rabel, daté de 1625, conservé au département des estampes de la Bibliothèque Nationale, représente des médecins à cheval, coiffés d’armures et armés de lances, « courant la Quintaine » contre un mannequin symbolisant probablement la maladie à détruire.

La Quintaine de Saint-Léonard-de-Noblat

Une version de l’origine de la Quintaine, Tincano en Occitan, à Saint-Léonard-de-Noblat, indique que le tournoi aurait été organisé en l’honneur d’Henri II de Bourbon-Condé. Celui-ci, opposé à la Régence de Marie de Médicis est arrêté le 1er septembre 1616 et enfermé à La Bastille, puis au donjon de Vincennes. Pendant sa détention il invoque saint Léonard, patron des captifs, et fait vœu d’aller lui rendre grâce sur son tombeau s’il est libéré. Il recouvre la liberté le 20 octobre 1619. L’année suivante il entreprend un voyage de reconnaissance jusqu’à la cité de Saint-Léonard-de-Noblat. Une fête de la Quintaine aurait alors été organisée en l’honneur de ce personnage illustre. Toutefois il semble bien que l’existence de cette fête soit connue dès le Moyen âge, et relève des privilèges royaux dont bénéficie alors la ville. Interdite en 1903, elle reprend à nouveau en 1910. Cette année-là des enfants constituant la Jeune Garde disputent leur propre tournoi en assaillant à pied une petite Quintaine*.

Le jeu équestre de la Quintaine de Saint-Léonard-de-Noblat se distingue par son lien direct avec le culte de saint Léonard, ermite fondateur de la ville, libérateur des prisonniers ; et par l’utilisation d’une petite construction de bois en forme de château-prison.

La fête de la Quintaine a lieu à Saint-Léonard-de-Noblat le dimanche qui suit la fête de saint Léonard, en 2018 ce sera le 18 novembre. La Quintaine : petite construction de bois peint, en forme de château, est ornée de quatre tours, surmontées d’un drapeau tricolore, et porte le symbole de saint Léonard appelé « Verrou » : constitué de la chaîne et des entraves de prisonnier. Elle représente une prison dont saint Léonard ouvre les portes. La veille a lieu la sonnerie des deniers : le soir venu, la cloche de la collégiale est frappée avec des marteaux et, depuis le clocher, des pièces de monnaies et des bonbons sont lancés aux enfants. Le dimanche, les festivités débutent par une messe solennelle lors de laquelle la Quintaine est portée en procession, accompagnée en chanson et en musique par les vielles à roues, les accordéons diatoniques, les chabrettes limousines et les violons, jusqu’à l’autel où elle est bénie. Dans cette ambiance à la fois festive et solennelle, les costumes traditionnels des groupes folkloriques renforcent l’aspect traditionnel de cette journée. Après une invocation à saint Léonard devant sa statue au Pont de Noblat, les membres de la confrérie de saint Léonard, ceints d’une écharpe blanche, suivis des cavaliers et de la foule, vont promener la Quintaine en cortège dans les rues de la vieille ville, en s’arrêtant devant les statues du saint, logées dans des niches, sur les façades des maisons anciennes, pour chanter en langue limousine l’hymne à Saint-Léonard : Lo chansou dô sen Lionar.

L’après-midi le jeu débute place de la Libération. La forteresse miniature est installée sur un pivot au sommet d’un haut poteau. Après la présentation des participants au jeu, généralement entre huit et dix, suivie de leur salut à la Quintaine, les cavaliers, lancés au galop, viennent frapper l’édifice à l’aide d’un quillou (massue de bois) sous les acclamations d’un public varié et attentif, jusqu’à ce qu’elle soit totalement brisée. Cet exercice requiert beaucoup d’adresse et des qualités de bon cavalier. A la fin du jeu, les morceaux de Quintaine sont ramassés et distribués aux spectateurs qui les conservent précieusement car la tradition locale leur prête de nombreuses vertus, dont celles de la fécondité et de la chance.

Le soir tous les participants, acteurs et spectateurs, se retrouvent sur le parvis de la collégiale pour écouter le « Salve Regina » chantés par les confrères de saint Léonard, qui portent des brandons (torches de paille enflammées). Ils rejoignent ensuite la place de la République où sera allumé un grand feu. Cette fête pittoresque se termine ainsi dans la joie de la liberté.

 

Françoise BOURDILLAUD, documentaliste au service Patrimoine et Inventaire de la Région Nouvelle-Aquitaine. Site de Limoges

 

En savoir plus :

(*) BONNAUD, Louis. La Quintaine à Saint-Léonard-de-Noblat : notes d’histoire locales sur une prétendue origine du jeu. Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, t. C, 1973, p. 241-256.

BONNAUD, Louis. Le jeu de la Quintaine au Dorat à la fin du XVIe siècle. Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, 1979, t. CVI, p. 205-206.

BONNAUD, Louis. Le pèlerinage du prince de Condé à Saint-Léonard et le jeu de la Quintaine. Bulletin de la société historique et archéologique du Limousin, 1970, t. XCVII, p. 301.

BONNAUD, Louis. Traditions à Saint-Léonard-de-Noblat et au Dorat vues à travers un ouvrage récent. Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, 1987, p. 175-179.

PERRIER, Antoine. La Quintaine : amusements d’autrefois et de nos jours. Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, 1949, t. LXXXIII, p. 397-404.

PERRIER, Antoine. La Quintaine dans la vallée de la Zilia en Carinthie, d'après l'ouvrage de M. Niko Kuret. Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, 1966, t. XCIII, p. 166-167.

PERRIER, Antoine. Description de la quintaine comme jeu féodal. Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, 1960, t. LXXXVII, p. 505-506.

La quintaine. In Saint Léonard du Limousin, sa vie, son culte. [S. l.] : [s. n.], 2006, p. 24-26 : ill.

Quintaine 2017 : l’évêque qui murmurait à l’oreille des chevaux. Le Sillon, 2018, n° 801.